C’était en 2013. « J’avais prévu de faire de la montagne mon métier. J’ai dû un peu changer de projet », minimise Myriam en évoquant son accident survenu lors d’une formation pour le brevet d’État. Aimer se confronter aux reliefs escarpés dénote un certain caractère. La voix douce de Myriam ne le laisse pas transparaître. Son parcours, si. Pourtant, elle le raconte simplement. Pour elle, c’est son quotidien, une histoire ordinaire d’installation.

Elle débute après une longue rééducation, quand elle commence à s’intéresser aux plantes. En 2015, elle entame une formation d’herboristerie de trois ans à l’école Imderplam de Montpellier. « C’est une formation très riche mais très théorique. J’avais besoin de concrétiser ce que j’apprenais et j’ai commencé à réaliser des recettes de baumes, de crèmes… »

Ses réalisations plaisent et de fil en aiguille, elle crée une gamme et une marque : Oleaflor. « J’ai commencé modestement, au départ, dans une association pour avoir un numéro de Siret, relate-t-elle. Mon besoin en plantes était minime. » Ce qui ne va pas durer longtemps.

Un début d’installation

Un échelon est gravi quand elle installe son laboratoire, qu’un nouveau bout de jardin s’ouvre à elle et qu’elle passe auto-entrepreneuse. « Je montais d’un cran mais pas encore suffisamment pour avoir une production agricole à proprement parler. » Nous sommes en 2019. Deux ans plus tard, grâce à une campagne de financement participatif, elle acquiert un alambic et une serre. « Quand on commence à distiller, le besoin en plantes devient plus conséquent. J’ai pu louer un terrain d’environ 1 000 m2 à côté de chez moi me permettant de produire plus. »

Elle adapte elle-même son environnement à son handicap. Au labo, des plans de travail plus bas sans meuble dessous. Dans son champ, un quad électrique tout-terrain (financé en 2021 par l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées) lui permet de faire ses cueillettes. « C’est l’un de mes principaux besoins. Sans lui, je ne peux pas faire grand-chose. »

La vraie installation

À présent, elle peut enfin réaliser ce qui lui tient à cœur depuis le départ : s’installer en agriculture. « Je me sentais enfin légitime et, en 2023, j’ai entamé les démarches. » Le début d’un long chemin de croix ? À l’écouter, pas vraiment. Son handicap ? Il n’en a pas été un. Le financier ? Son entreprise existe depuis plusieurs années.

Installation, jeunes, handicap, herboristerie
Myriam Yaffee « travaille au bien-être de chacun grâce au pouvoir des plantes ».

Si elle devait relever une difficulté, ce serait la complexité pour comprendre ce qu’il faut faire et dans quel ordre. D’autant plus que sans diplôme agricole, il lui faut demander une dérogation pour obtenir la capacité professionnelle. Déterminée, elle avance, étape par étape.

Le parcours du combattant ?

« En ce qui concerne le parcours d’installation, je me suis débrouillée toute seule. Le prérequis était de suivre le stage du plan de professionnalisation personnalisé organisé par la chambre d’agriculture pour pouvoir prétendre aux aides. » C’est chose faite au printemps 2023. Au tour de la demande de dérogation maintenant. Son entreprise déjà créée et son handicap rendent compliqués les stages dans les fermes ; son expérience et sa filiation agricole pèsent aussi dans la balance. La dérogation est acceptée.

Suivent les démarches auprès de la MSA : « J’ai rempli mon dossier, ça ne m’a pas semblé compliqué » ; puis le moment de la demande de la dotation jeune agriculteur (DJA). « Là, c’est un peu plus complexe. Il ne faut pas être phobique des papiers ! Heureusement, le conseiller de la chambre d’agriculture des Hautes-Alpes m’a aidée concernant le volet économique. » Mais là encore, faire un plan, s’assurer de la viabilité du projet est rendu plus facile par les années d’existence de son entreprise.

Installée et ancrée

« Ce n’était pas comme si je partais de zéro. J’avais déjà les chiffres des années antérieures sur lesquels se baser. » Le conseiller valide rapidement le dossier suivi quelques mois plus tard par la région. « J’aurais pu ne pas prétendre à la DJA mais elle allait permettre le développement de mon entreprise : agrandir mon labo, acheter du matériel d’irrigation…, explique Myriam. C’était important pour moi de le faire et je suis très contente que ça ait marché. Ce qui a joué en ma faveur et conforté tout le monde, c’est que mon entreprise tourne et se développe depuis plusieurs années. »

Pour cela, depuis son installation, elle cultive plus que jamais son jardin et « travaille au bien-être de chacun grâce au pouvoir des plantes ».

Elle crée sa propre marque 100 % naturelle

Née dans un petit village du sud des Hautes-Alpes, Myriam a passé son enfance au milieu des odeurs des plantes de la garrigue. Elle a appris à les identifier, à connaître leurs propriétés. Un savoir qu’elle a enrichi lors de sa formation en herboristerie et par l’expérience.

Pour élaborer ses baumes, crèmes, huiles de massage, lotions ou laits pour le corps entièrement faits à la main, elle cultive une quinzaine de variétés de plantes dans son jardin. L’ensemble de sa gamme, Oleaflor, est certifié « Nature et Progrès » garantissant l’absence de tout produit de synthèse et l’usage exclusif d’ingrédients issus de l’agriculture biologique.