« Dynamique et très drôle. » C’est ainsi que se décrit Méline Houssin, 20 ans, respon­sable de la junior entreprise Robelote. Avec sa codirectrice Astrid Foucher, 18 ans, elle anime cette structure créée pour financer la participation des élèves au TIEA.

« J’adore relever des défis et me surpasser, confie Méline qui rêve de devenir inséminatrice. C’est dans la compétition qu’on apprend le plus sur soi-même et cela fait grandir aussi bien sur le plan personnel que professionnel. L’expérience est riche en ren­contres avec des passionnés. »

Huit lycéens volontaires

L’enthousiasme est partagé par Astrid, 18 ans. «Grâce à cette aventure je découvre un domaine que je connais moins. J’apprends de nouvelles tech­niques et je m’ouvre au monde professionnel. » Les deux étudiantes en BTS des métiers de l’élevage font partie d’une équipe de huit lycéens volontaires engagés dans le projet. Depuis la rentrée de septembre, ils pilotent l’organisation de leur participation à l’édition d’un concours marqué par l’absence de vaches.

La mini-entreprise fonctionne sur un principe simple : le partage des responsabilités. Les élèves se répartissent les missions afin de préparer et financer le TIEA, le séjour au Salon international de l’agriculture et un voyage en Norvège prévu en décembre prochain.

Un partenariat a été en effet noué avec un établis­sement agricole, le Skjetlein videregående skole, situé près de Trondheim, dans le centre du pays. En décembre dernier, les étudiants ayant participé à l’édition 2025 du TIEA, qui avaient décroché un titre dans la section vaches laitières, y ont séjourné afin de préparer cette collaboration. Ils ont encouragé leurs homologues norvégiens à candidater à l’édition 2026 dans la catégorie « établissements étrangers ». Pari réussi : ces derniers ont obtenu un titre au SIA.

Au Salon international agricole, les étudiants français et norvégiens ont fêté le titre obtenu dans la catégorie « établissements étrangers » par une photo collective sur le ring. Copyright : DR.
Au Salon international agricole, les étudiants français et norvégiens ont fêté le titre obtenu dans la catégorie « établissements étrangers » par une photo collective sur le ring. Copyright : DR.

Ultra, la vache normande héroïne du TIEA

Au cœur de l’aventure, se trouve Ultra, une vache nor­mande à la robe blanche et aux taches brunes, sélectionnée dans le troupeau de 70 animaux de l’exploitation agricole de 155 hectares, rattachée à l’établissement.

« Le Trophée est pour moi une expérience unique et un véritable défi que je suis prête à relever pour représenter fièrement mon école. » Gwen James, 18 ans, et Amandine Carvalho, 20 ans, aident aussi à l’entraînement d’Ultra. « On travaille sa docilité et sa manipulation à travers différents exercices. On lui apprend à faire des slaloms ou à marcher tout droit. On utilise un seau rempli de farine pour l’attirer. Et la difficulté, c’est de l’empêcher de tout manger. »

« Cela fait six mois qu’on prépare notre mascotte tous les soirs après les cours, même si cette année les épreuves se déroulent par vidéo. Ultra est une primipare de 4 ans qui s’apprête à vêler », explique Thia Bourseau, venue de région parisienne étudier au Robillard. Passionnée par les animaux, elle aspire à devenir vétérinaire.

Un concours remanié

Le Trophée international de l’enseignement agricole comporte cinq sections dans lesquelles les équipes doivent démontrer leurs connaissances techniques
sur les bovins (vaches laitières ou allaitantes), leur capacité à communiquer
et leur cohésion au sein du groupe. Il s’adresse aux élèves et étudiants âgés
de 15 à 25 ans. Cette année, 26 établissements seulement ont participé au Trophée contre 46 en 2025. Le concours a été remanié en raison de l’absence des vaches, essentielles dans les épreuves de manipulations et de contention. L’épreuve de présentation de l’animal, par exemple, n’a pas pu se faire sur le ring. À la place, les apprenants ont été invités à réaliser deux vidéos dans leurs lycées : l’une sous forme de pitch et l’autre d’une saynète.

Une expérience formatrice

Téana Lorel a souhaité intégrer l’équipe du TIEA pour se lancer un nouveau challenge et sortir de sa zone de confort. « De nature timide, c’est l’occasion pour moi de m’ouvrir aux autres et de mieux me découvrir. » Laura Rault, 18 ans, est dans le même état d’esprit.

Toutes deux intéressées par le métier de vétérinaire, elles s’oc­cupent notamment des campagnes d’actions destinées à récolter des fonds. « Nous avons procédé à des ventes de sweats que nous floquons nous-mêmes », expliquent-elles en chœur. Journées portes ouvertes, soirées crêpes ou encore ventes de viennoiseries les mardis et jeudis matin : les initiatives se multiplient.

En ce 12 février pluvieux, près de 7 000 euros ont déjà été récoltés. « Mais il faudra poursuivre ces opé­rations après le Salon car le voyage en Norvège reste encore à financer », indique Téana.

« S’amuser tout en apprenant »

Pour Cosme Kpatinvo, 25 ans, venu du Bénin se former aux métiers de l’élevage, l’expérience du concours est une belle opportunité. « Elle me permet d’apprendre les pratiques en France, notamment les méthodes de contention et de sécu­rité des animaux. J’engrange des connaissances que j’espère appliquer ensuite dans mon pays. Plus tard, je compte devenir responsable de biosécurité en production animale. »

L’année scolaire est portée par le projet. En décembre, le groupe passera le relais à ses partenaires norvégiens qui devraient à leur tour concourir dans la catégorie « éta­blissements étrangers » l’année prochaine. L’aventure combine travail et convivialité, à la grande joie de Méline qui en a fait sa devise : « S’amuser tout en apprenant. »

L’expérience de la Norvège

Antonin Zeinati, en 2e année de BTS production animale, a fait partie de l’équipe distinguée au concours l’année dernière.« C’est dans le cadre du TIEA qu’un partenariat a été créé avec une école norvégienne, raconte le jeune homme de 18 ans. L’objectif est de leur permettre de participer au concours cette année. L’équipe du TIEA de 2025 s’est rendue en Norvège pour les former. Nous avons découvert leur culture et échangé en anglais avec eux. » Sa camarade Kaëlla Canuel, 19 ans, dans la même promotion, s’est occupée de l’entraînement
de la vache, de la contention et de la manipulation lors des épreuves du TIEA. « Un des plus grands enjeux pour nos homologues, c’est l’immobilisation de la bête, techniquement difficile à effectuer. Nous étions là pour leur montrer et expliquer les gestes. » Ce qui a particulièrement marqué Kaëlla, c’est le tempérament des vaches rouges norvégiennes. « Elles sont plus difficiles à gérer lors des opérations de maintien. » De son côté, Antonin s’est intéressé au modèle de production agricole du pays. « La gestion des exploitations y est très différente. Une ferme qui transforme son lait ne possède que 16 vaches. Les surfaces sont aussi plus petites, faute de terre disponible. Certains champs ne font qu’un hectare. Ils n’ont pas de salle de traite, seulement des griffes mobiles. » Originaire de Lille, le jeune homme nourrit le projet de devenir cavalier. Mais il veut préparer un master afin de sécuriser son parcours professionnel.