Longtemps considérée comme une figure du passé rural, le mulet poitevin revient en force au Salon de l’agriculture, où il surprend par sa modernité. Issue du mythique Baudet du Poitou – l’un des ânes les plus anciens d’Europe, autrefois exporté jusqu’en Amérique du Nord – elle est le fruit d’un croisement d’exception : une jument de trait poitevin et un âne poitevin dont la robustesse et l’ossature massive ont bâti sa réputation.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le mulet poitevin.

Puissante, endurante et remarquablement adaptable, le mulet poitevin fut, au XIXᵉ siècle, une véritable star : la région en produisait plus de 30 000 par an, et les grandes fermes comme les exploitations maraîchères ne juraient que par elle. Puis vint la mécanisation, qui faillit faire disparaître la race. Aujourd’hui, c’est pour des raisons diamétralement opposées qu’elle revient sur le devant de la scène : son faible impact environnemental, son efficacité dans les terrains difficiles, et sa capacité à assurer des travaux de précision que les machines réalisent parfois au détriment des sols.

Une tradition inscrite dans la modernité

Au milieu de cette renaissance discrète mais déterminée, une figure attire l’attention des visiteurs du Salon : Thomas Duguy, héritier d’une lignée de mulassiers poitevins. Installé en Corrèze, il perpétue une tradition familiale avec une rigueur contemporaine. Ses mules travaillent aussi bien dans les vignobles du Bordelais que sur les pentes savoyardes, où leur pas sûr et leur endurance font merveille. Au-delà du geste patrimonial, Thomas Duguy défend une vision très actuelle de la traction animale. Selon lui, la mule peut répondre à des enjeux que la mécanisation massive a parfois aggravés : tassement des sols, interventions en milieux sensibles, besoin de réduire la consommation d’énergie fossile ou d’offrir des alternatives silencieuses et non polluantes dans les parcs urbains.

Une solution d’avenir

En viticulture biologique, elle permet de travailler entre les rangs sans perturber la vie microbienne. En forêt, elle débarde sans abîmer les sous-bois. Dans les zones humides, elle se faufile là où aucun engin ne passerait et dans les vignes, elle réduit drastiquement les risques de dégâts causés par les machines. L’animal prouve aussi une incroyable longévité au travail et un tempérament coopératif, loin des clichés sur son obstination. C’est pour toutes ces raisons que sa présence au Salon attire étudiants agricoles, élus locaux et techniciens forestiers, tous intrigués par ce retour inattendu d’une force tranquille.

La filière – encore fragile mais structurée autour de l’Association races mulassières du Poitou » – plaide pour une relance mesurée mais volontaire de la production de mules, non par nostalgie mais parce que les demandes augmentent réellement. Dans un contexte où l’agriculture cherche des voies plus durables, où les collectivités veulent réduire leur dépendance au moteur thermique, et où la société redécouvre la valeur du vivant, la mule poitevine s’impose presque naturellement.

Thomas en est convaincu :« Le mulet poitevin n’est pas un vestige. C’est une solution d’avenir. » Et au Salon, nombreux sont ceux qui semblent prêts à le croire.

Le mulet poitevin en chiffres

30 000
mules poitevines produites chaque année au XIXᵉ siècle, à l’âge d’or de la filière.

1 400 kg
force de traction moyenne qu’une mule poitevine peut développer selon les tests de traction animale.

+30 km/h
vitesse maximale enregistrée en terrain dégagé, malgré sa stature imposante.

15 à 20 ans
durée de vie au travail pour une mule bien entraînée.

1980
année où le Baudet du Poitou a failli disparaître… avant le début de la sauvegarde officielle.

+20 %
hausse des demandes en traction animale enregistrée par certaines filières depuis 5 ans.