Dans l’étable, Angèle Delplace attrape une brebis de 90 kilos, l’assoit et la main­tient avec une facilité déconcertante. Son poids ne semble pas l’impressionner. Cette manœuvre, elle la répète depuis le mois d’octobre. L’objectif ? Être prête pour la finale des Ovinpiades des jeunes bergers, qui se déroule au Salon international de l’agriculture à Paris.

Le 21 février, avec Léonie Alvarez, elles ont représenté l’Île-de-France lors de ce concours qui a réuni 40 jeunes d’établissements agricoles venus de tout le pays pour confronter leurs compétences. Une journée intense entre théorie et pratique qui a rassemblé les meilleurs d’entre eux.

L’élevage ovin à l’honneur

Les Ovinpiades, c’est la grande compé­tition annuelle entre élèves d’établisse­ments agricoles, de la seconde au BTS, autour des savoir-faire liés à l’élevage ovin. Elle rassemble plus de 1 000 élèves, d’abord pour les sélections régionales qui se sont déroulées en janvier, puis lors de la finale nationale.

Avant de fouler le ring parisien, les deux étudiantes en BTSA métiers de l’élevage au centre d’enseignement zootechnique de Rambouillet, dans les Yvelines, se sont entraînées pendant plusieurs mois, midi et soir, en dehors des cours.

Des épreuves physiques

Installation d’une clôture en 3 minutes, parage des onglons – qui consiste à tailler et à rééquilibrer la corne des pieds des animaux –, reconnaissance des races, tri des brebis ou évaluation de l’état de santé et de l’engraissement des agneaux… chaque discipline a été travaillée pour ne rien laisser au hasard.

Car le jour J, les épreuves sont éprouvantes. Entre le stress de la compétition mais aussi la pression des pairs et des proches ou tout simplement la sienne… les partici­pants doivent être au top. « Ce qui est un peu stressant, c’est de se retrouver face à des jeunes dont les parents et les grands-parents sont éleveurs, reconnaît l’une d’elles. Mais c’est aussi motivant. »

Face à des concurrents parfois issus d’exploitations comptant plusieurs centaines de brebis, les deux Franciliennes ont dû faire valoir leur sérieux et leur rigueur.

La Bergerie nationale : trésor de transmission

L’histoire de la Bergerie remonte à loin. En 1783, le roi Louis XVI achète le domaine de Rambouillet et ses 24 000 hectares au duc de Penthièvre. Il y chasse depuis de nom­breuses années en compagnie de Louis XV et fait organiser plus de 175 séjours de 1784 à 1788. Il y fait construire une ferme royale dans un vaste domaine agricole centralisé autour d’une ferme modèle. C’est d’ailleurs le célèbre architecte Jacques-Jean Thévenin qui aura la charge du gigantesque chantier entrepris. En 1955, le Centre d’enseignement zoo­technique est créé par Martial Laplaud et regroupe les écoles d’élevage ovin, d’aviculture et d’insémination artificielle.
Le  premier BTS Productions animales est créé en 1965 et l’emblématique BTS hippique au début des années 1970.
Aujourd’hui, l’exploitation agricole qui accueille les étudiants est convertie en agri­culture biologique et engagée dans une démarche de développement durable. Un élevage de 400 brebis donne des agneaux qui sont commercialisés dans la boutique. Le troupeau de moutons de Mérinos de Ram­bouillet, la race originelle importée d’Es­pagne par Louis XVI au XVIIIe siècle, perpétue la tradition et la valorisation de la laine qui peut également être achetée en boutique. La production de lait des 70 vaches laitières est transformée sur place et commercialisée en Île-de-France et sur place.

Le soutien des professeurs

Elles ont pu compter sur le soutien des formateurs de Rambouillet. « Nos professeurs nous répétaient : « Vous êtes capables de gagner ! » », se remé­morent les deux amies. La pression ne transparaît pas ; mais elle est bien pré­sente. Un matin, « on s’est réveillées toutes les deux en criant « Suffolk ! » », la race ovine anglaise qu’elles venaient de réviser la veille.

Le concours, organisé par Interbev ovins et l’ensemble de la filière, dans le cadre du programme Inn’ovin, a mis du temps à s’imposer en Île-de-France. Anne-Séverine François, qui encadre les candidates à la Bergerie nationale, a bataillé pour que la région soit repré­sentée aux sélections régionales des Ovinpiades.

« Les deux ou trois pre­mières années, on était les seuls à parti­ciper », se rappelle-t-elle. Aujourd’hui, plusieurs établissements concourent. Cette année, c’est le lycée agricole de la Bretonnière de Chailly-en-Brie, en Seine-et-Marne qui a accueilli les sélections régionales, réunis­sant 33 jeunes âgés de 16 à 24 ans le 22 janvier dernier.

Les brebis du centre de for­mation de Rambouillet ne servent pas qu’à l’entraînement des élèves. « Historiquement, une vingtaine d’entre elles partent tous les ans pour le Salon de l’agriculture », note la coordinatrice. Cette année encore, elles ont servi de support d’entraînement aux élèves avant de rejoindre les allées du salon.

Et pour la suite ? Pour Angèle Delplace, 19 ans, l’objectif est clair : elle compte reprendre l’exploitation sur laquelle elle est en apprentissage à Longueville. Une exploitation de brebis à viande de races Île-de-France et Romane.

Angèle participe à l’épreuve de l’évaluation de l’état de santé des brebis. Le concours démarre à 8 h 30 avec un quiz sur la reconnaissance des races, puis les épreuves s’enchaînent : parage, bélier qualifié, tri des brebis, engraissement, état de santé et pose d'une clôture.
Angèle participe à l’épreuve de l’évaluation de l’état de santé des brebis. Le concours démarre à 8 h 30 avec un quiz sur la reconnaissance des races, puis les épreuves s’enchaînent : parage, bélier qualifié, tri des brebis, engraissement, état de santé et pose d’une clôture.

Les résultats sont tombés à 18 heures

Léonie Alvarez, en apprentissage dans une exploitation en bovins lait et viande en Bretagne, est en réflexion. À 22 ans, celle qui vient du milieu équin et bovin s’orienterait plutôt sur « une installation avec plusieurs espèces ».

Pour ce qui est du concours, les résultats sont tombés à 18 heures : Léonie Alvarez a terminé 7e au classement général et 3e bergère. Angèle Delplace a, quant à elle, atteint la 16e place. Des résultats qui ne reflètent sûrement pas leur enga­gement mais qui leur ont permis de vivre un moment d’exception !

Après cette finale et le titre de meil­leure jeune bergère gagné l’année der­nière par Jeanne Touzelet, étudiante à la Bergerie nationale, cela confirme qu’une région comme l’Île-de-France, peu ovine par tradition, peut désor­mais former et envoyer des candidates compétitives à la finale nationale.

Les gagnants des Ovinpiades 2026

La première place revient à Romain Rogemont
(Bourgogne – CFPPA de Charolles), la deuxième à Manon
Devez (Occitanie – CFPPA / CFAA du Lot) et la troisième à Alexandre Delabre (Auvergne – Lycée de Brioude Bonnefont).