C’est un coin du Salon où l’on vient d’ordinaire chercher du réconfort, un renseignement, parfois une écoute. Dimanche, le stand de la MSA s’est mué en tribune sportive. Les visiteurs, les jeunes des lycées agricoles, les professionnels venus s’aérer l’esprit après avoir déambulé dans les allées su salon, ont suivi le match de rugby France–Italie comme s’ils étaient dans les travées d’un stade improvisé au cœur de la Porte de Versailles.
À l’initiative de cette retransmission peu habituelle dans un salon professionnel, Jean‑François Fruttero, président de la MSA, qui a rappelé d’emblée les raisons de ce choix : « Le rugby et l’agriculture partagent les mêmes valeurs : l’engagement collectif, la solidarité, le courage et cette capacité, toujours, à se relever. » Dans une édition du Salon marquée par l’absence douloureuse de nombreux éleveurs touchés par la dermatose nodulaire contagieuse, l’idée résonne avec une force particulière.
Des parrains de choix
Pour porter ce message, la MSA avait convié deux parrains de choix : Jessy Trémoulière, ancienne internationale, élue joueuse de la décennie 2010–2020, aujourd’hui salariée d’exploitation en Haute‑Loire, et Rémi Lamerat, triple champion de France devenu vigneron en Gironde. Deux trajectoires qui racontent mieux que des discours le pont naturel qui unit rugby et ruralité.
« Faites quelque chose qui vous passionne », a lancé Jessy aux élèves du lycée agricole Pétrarque d’Avignon et à ceux de Marie‑Durand de Rodilhan. « Dans l’agriculture comme dans le rugby, il faut savoir s’adapter, se remettre en question, accepter les moments difficiles pour continuer d’avancer. » Un appel vibrant, accueilli comme un conseil d’aînée par ces jeunes pour qui les défis climatiques, sanitaires et économiques ne sont plus des notions abstraites.
Le sport, source d’inspiration
Rémi Lamerat, lui aussi marqué par ce parallèle des deux mondes, a rappelé combien, en agriculture comme dans le sport, « la vérité d’hier n’est jamais celle de demain », citant à la fois la vigne et le terrain. Une manière d’encourager une génération d’agriculteurs en devenir qui devra, plus qu’aucune autre, conjuguer résilience et innovation.

Autre invitée remarquée, Gaëlle Mignot, ex‑internationale de renom, cinq fois championne de France, double vainqueure du Tournoi des Six Nations et ancienne sélectionneuse du XV de France féminin. Sa présence a apporté une tonalité supplémentaire : celle du modèle, de la transmission, du rôle inspirant que le sport peut jouer dans un monde agricole parfois fragilisé mais jamais résigné.

Le match, finalement prétexte au rassemblement, a servi de trait d’union. Les applaudissements, les éclats de voix, les encouragements lancés aux Bleus ont offert un moment de respiration collective dans un Salon sous tension. « Plus que jamais, venir c’est soutenir… le XV de France », a conclu Fruttero, saluant cette foule venue partager, l’espace d’un dimanche, un peu de ferveur, beaucoup de solidarité. Résultat du match : 33-8 pour les Bleus.
Pilier de l’enseignement agricole
Ce n’est pas une impression : le rugby occupe une place centrale dans les lycées agricoles, et ce constat est confirmé par le ministère de l’Agriculture. Il souligne que cette discipline figure parmi les sports les plus emblématiques du réseau agricole.
Si le rugby y est autant plébiscité, c’est parce qu’il véhicule des valeurs parfaitement alignées avec celles de l’enseignement agricole : engagement, solidarité, respect des règles, sens du collectif et convivialité. Aujourd’hui, 45 sections sportives lui sont dédiées. Ce sont donc près de 2 500 jeunes qui s’entraînent chaque semaine et apprennent sur le terrain autant qu’en salle de cours.
La tradition est ancienne. Depuis plus de 30 ans, le Championnat de France de rugby des lycées agricoles rassemble chaque année 400 joueurs, une centaine de jeunes officiels et 22 équipes venues de toutes les régions. Ce tournoi, moment fort de la vie des établissements, s’est installé comme un véritable rite de passage.
Si l’on cite souvent Antoine Dupont comme figure emblématique ayant grandi dans l’enseignement agricole, il est loin d’être un cas isolé. Avant de devenir meilleur joueur du monde en 2021 et capitaine d’un Grand Chelem historique en 2022, le Toulousain a usé ses crampons… au lycée agricole de Beaulieu-Lavacant à Auch, où il partageait même sa chambre d’internat avec Anthony Jelonch. Issu d’une famille d’agriculteurs, il a choisi de restaurer avec son frère la ferme familiale de Castelnau-Magnoac, perpétuant ainsi un ancrage rural profond.
De joueuses à éleveuses
Dans son sillage, d’autres grands noms du XV de France ou du rugby féminin suivent le même chemin. Jessy Trémoulière, élevée sur l’exploitation familiale en Haute-Loire, a découvert le rugby au lycée agricole de Brioude-Bonnefont. Avant de devenir double championne du Tournoi et meilleure joueuse de la décennie. Elle a raccroché les crampons pour se consacrer à son exploitation.
Et la liste est longue.
Parmi celles et ceux qui ont porté les couleurs françaises après un passage par l’enseignement agricole, on retrouve notamment :
- Anthony Jelonch (Beaulieu-Lavacant, Gers) – vainqueur du Grand Chelem 2022, finaliste de l’Autumn Nations Cup 2020, sélectionné pour la Coupe du monde 2023.
- Clara Joyeux (Lycée agricole Les Vaseix, Haute‑Vienne) – internationale depuis 2019, joueuse de la Coupe du monde 2022.
- Imanol Harinordoquy (Lycée agricole de Pau-Montardon) – légende du rugby français, triple Grand Chelem et finaliste de Coupe du monde.
- Julien Bonnaire (Lycée horticole Grenoble Saint-Ismier) – quadruple vainqueur du Tournoi, entraîneur de la touche du XV de France en 2018‑2019.
- Pauline Bourdon (Lycée agricole Les Vaseix) – internationale depuis 2015, Grand Chelem 2018, Coupe du monde 2022.
- Safi N’Diaye (Lycée agricole de Touscayrats, Tarn) – figure majeure du XV féminin, trois Tournois remportés dont deux Grands Chelems.
- Sébastien Tillous-Borde (LPA Oloron‑Sainte‑Marie) – champion du monde U21, ancien international, devenu entraîneur.
- Yannick Caballero (Touscayrats, Tarn) – double champion de France, sélectionné en équipe nationale.
Ces parcours témoignent d’un fait souvent méconnu : l’enseignement agricole est un véritable vivier du rugby français, terre fertile où s’enracinent passion, travail et esprit d’équipe — sur les terrains comme dans les exploitations.