Quatre ans, 1 100 kilos, belle comme un rumsteak, la génisse Sexy avait tout pour briller sur le ring du SIA de Paris. Mais la charolaise de Guillaume Mateuil n’a pas foulé le tapis vert parisien, même si elle a été nourrie, élevée et préparée pour cette échéance. Comme cinq autres animaux (trois génisses et deux vaches), elle a été sélectionnée dans la catégorie « femelles bouchères » et aurait dû se pavaner aux côtés de son éleveur le 26 février.
Séances de photos à la ferme
Cette année, Guillaume Mateuil, qui en est à sa 8e participation, a fait le voyage seul, comme ses autres confrères, avec chacun en poche les clichés de leur animal, pris à l’occasion des séances de photos organisées début février chez les candidats par l’Association charolais label rouge (ACLR). L’idée est de diffuser les images sur grand écran le jour J. Les éleveurs ont défilé sans leurs vaches et ont reçu leurs plaques en présence des bouchers.
« On a annulé la présence des bovins pour plusieurs raisons. La première est liée à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Mais même sans cela, confie Guillaume Mateuil, je n’avais pas le cœur de me rendre au Salon par solidarité avec l’élevage et les éleveurs qui ont connu une fin d’année difficile, puisqu’il y a eu des abattages de cheptels. » L’inquiétude est palpable. « L’épidémie s’est arrêtée aux départements limitrophes. On appréhende le reste de l’année. »
Regard d’expert
Depuis 2017, c’est une tradition pour cet éleveur de 250 bovins de venir à Paris présenter l’une de ses génisses. Cette aventure commence au moment des 80 vêlages annuels qu’il effectue de février à mars. « Je sais dès le jour de la naissance quelle sera la destination des animaux. Je repère celle qui ira dans trois ans au SIA. Les bêtes possèdent des prédispositions musculaires importantes. »
C’est le destin de Sexy. « Dès sa naissance en 2021, elle était plus belle que les autres. Son prénom s’est imposé comme une évidence. » Jusqu’à présent, son œil expert ne s’est jamais trompé. Les distinctions s’enchaînent depuis 2020.

Un investissement quotidien
« La région du Charolais est plus orientée vers la production de viande, avance-t-il pour justifier le succès de la race. Les sols y jouent un rôle essentiel. Les herbages favorisent le gain musculaire. Il y a un effet terroir. Ici, les pâtures permettent aux bovins de développer davantage leurs muscles que leurs os. »
Le voyage jusqu’à la capitale des vaches exige une préparation de longue haleine qui se sur ajoute au travail de l’élevage. Un an avant, la vache est engraissée. Et deux mois auparavant commencent les exercices de manipulation et de déplacement pour la mettre en jambes.
« Être présentée à Paris, explique Marjorie Marty, directrice de l’ACLR, c’est être capable de circuler calmement dans les allées et être promenée sur un ring. Ceci n’est pas naturel pour une vache ou une génisse. Elle apprend à le faire et ça représente pour l’éleveur un investissement quotidien. » Et Guillaume Mateuil d’avouer : « C’est le plus dur. »