« Voici Prada, la maman d’Amour, un veau né en août qui nous a redonné beaucoup d’espoir. Notre vétérinaire s’est occupé personnellement lorsqu’il est tombé malade. À côté on a USA, qui va bientôt vêler. Si c’est une fille, je l’appellerai Annie. Celle qui a des airs de la vache Milka a été baptisée Sahara. »
Depuis novembre, Nicolas Prud’homme, éleveur laitier à Saint-Ferréol, en Haute-Savoie, réapprend à connaître ses vaches. Il a été touché par la DNC en juillet dernier. Deux jours après le verdict, il a perdu 48 laitières et ses 20 derniers veaux de l’année.
Soutien face au choc

« On a vécu des moments très durs, il y avait beaucoup de pression. Il a fallu tout gérer très vite.
Aujourd’hui, je ne regrette pas. Mes cousins, qui ont une exploitation en face, n’ont pas été touchés. Qui sait ce qui aurait pu se passer si on n’avait rien fait ?
Heureusement, nous avons eu la chance de pouvoir vacciner rapidement et de conserver une partie du troupeau. Ça aide pour l’intégration des nouvelles bêtes. »
Sur ces terres de fromages AOP, les organismes professionnels se sont tout de suite organisés. Le réseau Réagir, dédié au soutien des actifs agricoles en situation de fragilité, s’est mis en ordre de bataille. « Dès le jour de l’annonce, ils étaient à nos côtés », ajoute l’éleveur.
« Face au choc, nous étions là pour leur montrer qu’ils pouvaient compter sur les équipes et les délégués de la MSA, ainsi que sur un dispositif d’accompagnement solide, indique Murielle Faure, coordinatrice du réseau Réagir pour la MSA Alpes du Nord, aux côtés de la chambre d’agriculture. Cette réactivité n’aurait pas été possible sans le bon fonctionnement de ce réseau. »
84 exploitants touchés
Après l’annonce en présence des représentants de Réagir, un accompagnement social, de santé au travail, psychologique et technico-économique a été proposé. Les éleveurs du territoire ainsi que leurs salariés et apprentis s’en sont pleinement saisis. Pour la première fois, certains ont pu bénéficier du RSA, grâce au soutien des conseils départementaux. La MSA Alpes du Nord a également mis en place des sensibilisations à la prévention du mal-être et deux formations Sentinelles, qui ont réuni 46 personnes.
« Toutes les bonnes volontés étaient bienvenues pour enrichir le réseau, précise Pascal Millon, élu référent Réagir pour la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc, également gérant d’un élevage. En tant qu’éleveur, on sait ce que représente le sacrifice qu’ils ont fait. »
Au total, 84 exploitants et coexploitants (pour 60 exploitations) ont été touchés sur les deux départements, dont une vingtaine de propriétaires de vaches en pension. Tous ont été contactés par la MSA afin de leur proposer un suivi psychosocial, des mesures d’accompagnement économique (prise en charge de cotisations, mise en place d’échéancier), une assistance administrative ainsi que des aides à l’achat de matériel de contention pour la vaccination. 15 personnes ont par ailleurs bénéficié de l’aide au répit, avec un financement du remplacement.
Le réseau Réagir
Le réseau d’écoute, d’accompagnement et de gestion des incidents et des risques – ou Réagir –, animé par les chambres d’agriculture, est un dispositif destiné à soutenir les actifs agricoles en difficulté, en partenariat avec les organismes professionnels et les acteurs de chaque département.
En Savoie, il existait depuis 2009 sous le nom de Regain des Savoie. Il a été mis en place par la MSA Alpes du Nord et la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc, en partenariat avec les conseils départementaux de la Savoie et de la Haute-Savoie, ainsi que les directions départementales des territoires, pour aider les agriculteurs le plus en amont possible, à travers un double regard, technico-économique et social.
Plus d’infos : reagir-en-agriculture.fr

Une grande chaîne de solidarité
Parallèlement, c’est toute la profession qui s’est mobilisée, et au-delà. « Avec l’aide de la Cuma [Coopérative d’utilisation des matériels agricoles, ndlr], nos concessionnaires de matériel agricole sont allés chercher des couloirs de contention donnés par des agriculteurs du Doubs, ce qui a permis une vaccination rapide. L’interprofession laitière a rapatrié du matériel. On nous a prêté des niches à veaux, des râteliers pour le foin, des salles de traite mobile… Même les pompiers sont venus nous aider à nettoyer les bâtiments afin de gagner du temps, se remémore Nicolas Prud’homme. Toute cette chaîne de solidarité nous a donné de l’espoir et du courage. »
Même plusieurs mois après le dernier abattage, le 28 août, les professionnels restent mobilisés. Un temps d’échange collectif a été notamment organisé le 11 décembre par les travailleurs sociaux de la MSA afin de continuer le suivi psychologique. « Ma priorité était de me rendre régulièrement sur les exploitations touchées, déclare René Féchoz-Christophe, président de la MSA Alpes du Nord, lui aussi éleveur laitier. Si on veut les comprendre et accompagner au mieux les situations dramatiques, il faut être sur le terrain et être identifié. Ça fait partie de notre rôle. »
« Je passe régulièrement les voir, ne serait-ce que pour leur demander comment ils vont, renchérit Murielle Faure. Ils apprécient car ce n’est pas la même manière d’échanger. Ils ont fait preuve d’une grande dignité et responsabilité, malgré toutes les incertitudes. Mais le traumatisme est bien là. »
Nouveau départ
Fin octobre, Nicolas Prud’homme peut enfin reprendre son souffle. Ses vaches retrouvent enfin la sécurité de la stabulation, un mois après le dernier nettoyage, et de nouvelles bêtes commencent à arriver grâce à la solidarité d’autres éleveurs qui leur ont vendu des animaux. « Pour redémarrer, ça a été très important. Certains avaient été touchés par la brucellose (maladie infectieuse) dans les années 1990, ils savent ce que c’est. Aujourd’hui, on n’a même pas l’impression que c’est un troupeau reconstitué. Les vaches sont couchées, calmes, elles ont des repères. »
La vigilance reste toujours de mise. Comment va se passer la suite ? Lorsque l’effet du vaccin, qui protège les bovins entre 12 et 18 mois, prendra fin, qu’en sera-t-il d’une deuxième vague de vaccination ? Début décembre, le père de famille, qui a fêté ses 40 ans, est remonté à 60 vaches. Il se réjouit d’avoir retrouvé une bonne production de lait. S’accrochant toujours à l’espoir.


La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) : maladie virale transmise par des insectes
Appelée aussi dermatose bovine, cette maladie virale présente dans de nombreux pays africains a fait son apparition en Europe occidentale pour la première fois en Sardaigne en juin 2025, après s’être propagée depuis le Moyen-Orient vers le sud-est de l’Europe et l’Asie.
Le virus, résistant longtemps dans l’environnement, est transmis par des insectes hématophages tels que certaines espèces de mouches, de moustiques ou de tiques. La DNC apparaît lorsque les conditions climatiques sont favorables, en période de pullulation des insectes. Elle touche uniquement les bovins, zébus et buffles d’eau et n’est pas transmissible à l’homme.
Elle provoque notamment de la fièvre, des nodules sur la peau et muqueuses internes, une perte d’appétit et se révéler fatale. Les conséquences sont importantes sur les élevages, qui subissent des pertes économiques majeures (baisse de la production de lait, avortements et stérilité des taureaux, dégâts irrémédiables aux cuirs).
En date du 6 janvier, 117 foyers ont été détectés en France, répartis dans onze départements : Savoie (32), Haute-Savoie (44), Ain (3), Rhône (1), Jura (7), Pyrénées-Orientales (22), Doubs (1), Ariège (3) et Hautes-Pyrénées (1), Haute-Garonne (2), Aude (1).
💡 Groupement de défense sanitaire (GDS) France a créé des fiches pratiques à destination des éleveurs, disponibles sur gdsfrance.org.