La voix est calme et posée. Le regard bleu intense, attentif. Brigitte Menétrieux parle sans effet. Chez elle, l’engagement n’est pas un discours, mais un fil continu, tendu depuis ses racines agricoles jusqu’aux responsabilités qu’elle assume aujourd’hui.
Briser les préjugés
Issue d’une famille d’agriculteurs, elle a grandi entre l’Ardèche et la Loire, dans un monde rural où la solidarité et l’entraide étaient des valeurs essentielles. Son père est aide familial puis salarié agricole. Ses grands-parents sont exploitants. « J’ai toujours baigné dans ce milieu. » Une enfance modeste, parfois rude, qui installe très tôt un rapport concret aux inégalités. « Aujourd’hui, on a tendance à oublier ce que cela voulait dire de ne vraiment rien avoir. »
Elle s’oriente vers le travail social « par besoin de se rendre utile au monde rural ». Conseillère en économie sociale et familiale, elle entre à la MSA en 1979. Pendant quinze ans, elle travaille dans la Drôme, anime des groupes d’agricultrices, ouvre des espaces de parole dans des territoires isolés. « La couture n’était qu’un prétexte. Ce qui comptait, c’était l’échange. » Elle voit des femmes prendre confiance, diversifier leurs activités, s’engager. « On ne parlait pas encore d’émancipation, mais c’était déjà cela. »
Elle se dirige ensuite vers la prévention des risques professionnels, un secteur alors très masculin. « On m’a dit que ce n’était pas un métier pour une femme. » Elle intervient auprès des exploitants et des salariés agricoles, s’appuie sur sa connaissance du travail de la terre pour briser les préjugés. « Quand on comprend ce que les gens font, qu’on parle le même langage, on est écouté. » Pour elle, « on tire un fil, et tout se révèle lié : le travail, la santé, la famille, les droits sociaux. »
Le « plus encore » de la MSA
Par la suite, elle passe responsable de service, puis intègre le pilotage de la performance et le contrôle de gestion à la MSA Ardèche Drôme Loire, où elle reste huit ans. Elle part à la retraite en 2018. Parallèlement, elle s’engage dans les élections MSA, devient administratrice, d’abord comme représentante de l’Udaf, puis est élue au 2ᵉ collège, représentant les salariés agricoles. « Faire remonter ce qui se vit sur le terrain, c’est essentiel. »
Investie dans les enjeux liés au vieillissement en milieu rural, elle contribue activement au projet de création de la Marpa de Sainte‑Eulalie‑en‑Royans, au pied du Vercors. « Une solution intermédiaire, entre le maintien à domicile et l’hébergement médicalisé », explique‑t‑elle, consciente des défis à relever avant l’ouverture prévue en 2029. Les Marpa, résidences autonomie à taille humaine, accueillent des personnes âgées ainsi que des personnes en situation de handicap, afin de favoriser l’inclusion et préserver le lien social dans les territoires.
Elle a été nommée à la fin de l’année dernière présidente de la Fédération nationale des Marpa, un réseau de 207 structures. Une suite logique, sans effet d’annonce. « Les Marpa relèvent du “plus encore” de la MSA. » Elle mettra son expérience au service de ces lieux de vie ouverts et inclusifs.
À près de 70 ans, Brigitte Menétrieux avance toujours de la même façon : écouter, répondre, tenir. Sans jamais perdre de vue son credo, « quand on s’engage, on tient parole. »
On se dit presque tout…
Une personnalité que vous admirez ?
Boris Cyrulnik. Ce neuropsychiatre est connu pour son travail sur la résilience, la capacité de se reconstruire. Dans ses livres, il explique qu’il existe en chacun de nous des forces qu’il faut découvrir, chercher et mettre en valeur, même chez ceux qui ont vécu le pire. C’est un message d’espoir : on peut surmonter les épreuves et continuer à avancer.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
J’avais une conviction profonde : avancer dans la vie grâce aux études, que j’ai pu financer grâce à mes premiers emplois saisonniers dès l’âge de 14 ans. Je me souviens encore de mes débuts, lorsque je n’arrivais même pas à accrocher le linge sur l’étendage trop haut de la maison bourgeoise où je travaillais.
Vos plaisirs ou loisirs favoris ?
La randonnée, le jardinage, la lecture… et l’aquarelle. Cette passion m’offre d’agréables moments de détente et de créativité. Un même tube de peinture offre tant de possibilités !