Comment vont les Français ? C’est la question à laquelle Santé publique France tente de répondre depuis plus de 30 ans avec son baromètre. Santé mentale, tabagisme, sommeil ou encore activité physique, et même catastrophe climatique… près de 35 000 personnes, âgées de 18 à 79 ans, ont été questionnées sur 20 grands enjeux de santé publique en 2024.

Actualisé régulièrement, le baromètre santé donne un état des lieux précis des comportements de la population : habitudes de vie, connaissances et perception de l’état de santé. La dernière édition donne « une photographie qui n’a jamais été aussi précise », indique Yann Le Strat, directeur scientifique de Santé publique France.

Le poids des déterminants sociaux

La nouvelle édition introduit de nouvelles thématiques comme l’insécurité alimentaire et les discriminations, renforçant ainsi son analyse des déterminants sociaux de la santé. L’étude confirme que le niveau de diplômes, la situation financière ou encore la catégorie socio-professionnelle influent de manière positive ou négative sur la santé. Pour tous les indicateurs étudiés, les résultats sont clairs : des inégalités socio-économiques sont observées.

Parmi eux, la santé globale perçue : deux adultes sur trois se déclarent en « bonne » ou « très bonne » santé. Un constat qui pourrait sembler positif mais qui masque des inégalités : 82,5 % des personnes favorisées déclarent être en bonne santé, contre 58 % chez les moins diplômés. Un chiffre qui descend à 50 % chez les personnes en difficulté financière.

Ces inégalités sont encore plus fortes dans les départements et régions d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion, Mayotte n’étant pas incluse dans l’enquête). Les proportions de personnes qui se déclarent en bonne santé sont très inférieures à la moyenne des autres régions.

Le tabagisme, un marqueur social

L’une des bonnes nouvelles est la baisse du nombre de fumeurs, conséquence des politiques de prévention engagées depuis 2016 et de la hausse des prix, entre autres. Alors qu’en 2021 le baromètre recensait 32% de fumeurs, ce taux est aujourd’hui passé à 24 %, 17,4 fumant quotidiennement. Cela représente moins d’une personne interrogée sur cinq. « La lutte contre le tabagisme […] a permis de réduire de 4 millions le nombre de fumeurs en dix ans », se félicite Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France.

Mais cette baisse n’est cependant pas uniforme dans la société. Elle s’observe surtout chez les plus aisés et les plus diplômés. Elle est beaucoup moins marquée auprès des individus les plus modestes, les chômeurs, ou les personnes les moins diplômées.

Diplômes et santé

L’étude fait le même constat pour les maladies chroniques : hypertension artérielle, diabète et limitations d’activité touchent davantage les populations les moins favorisées. Le niveau d’études, notamment, est déterminant dans les résultats. L’hypertension touche par exemple « 30 % des personnes les moins diplômées contre seulement 15 % des plus diplômés », indique Yann Le Strat. Du simple au double, donc. La prévalence du diabète, elle, est 3,5 fois plus élevée chez les personnes non diplômées ou ayant un diplôme inférieur au bac.

Tendance inversée

Paradoxalement, la tendance s’inverse pour certains comportements à risque. Les personnes les plus favorisées en termes de diplômes et de situation financière sont aussi celles qui dépassent les repères liés à la consommation d’alcool, par exemple. « 26,7 % des consommateurs dépassant les repères déclarent avoir envie de réduire leur consommation », souligne Santé publique France. Il en est de même pour l’excès de sédentarité également plus fréquent chez les cadres et les diplômés.

L’Agence de santé publique nous apprend que près de 40 % des personnes « à l’aise » financièrement passent plus de 7 heures par jour en position assise. Ce chiffre se réduit presque de moitié chez les personnes les plus démunies à 23,7 %.

Disparités hommes/femmes

L’enquête s’attarde sur un autre point marquant : des écarts s’observent selon le sexe. On apprend ainsi que les femmes fument et boivent globalement moins que les hommes (voir infographie ci-dessus). Elles sont plus concernées par les messages de prévention mais se perçoivent en moins bonne santé.

Elles déclarent également plus de troubles de santé mentale et plus d’insomnie tandis que les hommes, eux, déclarent plutôt des problématiques de santé physique (diabète, hypertension artérielle…).

Pour Caroline Semaille, « ces données guident nos politiques de prévention et nous aident à réduire les inégalités. » Des résultats qui éclairent les enjeux de santé publique pour mieux les appréhender.

L’impact des crises climatiques
sur les Français

Le baromètre 2024 étudie de manière inédite un sujet au cœur des préoccupations actuelles : l’impact ressenti des événements climatiques extrêmes sur la santé physique et mentale. On y découvre que 78,8 % des adultes déclarent avoir été confrontés à au moins un épisode climatique extrême au cours des deux dernières années.

Ces événements sont les canicules en tête, suivies des tempêtes, des feux de forêt, des inondations et de la sécheresse. « La santé environnementale n’est plus une inquiétude lointaine et émerge comme une préoccupation quotidienne », a indiqué Yann Le Strat, directeur scientifique de Santé publique France, en conférence de presse. 37,2 % disent en avoir souffert physiquement, et 22,5 % psychologiquement.

Les femmes et les personnes en situation financière difficile déclarent plus souvent une souffrance physique ou psychologique liée à ces incidents climatiques.

Le saviez-vous ?

Depuis plus de 20 ans, l’étude Agrican, lancée par la MSA, suit de manière régulière la santé de plus de 180 000 affiliés au régime agricole répartis sur 11 départements français métropolitains. Elle a été mise en place pour répondre à la question du lien entre les expositions professionnelles agricoles et le risque de survenue de cancers.
Plus d’infos sur : agrican.fr