« Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. […] Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée. » Ces mots, tirés de la célèbre tirade d’Édouard Baer dans le film Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, Marie-Christine Monneau aurait pu les prononcer. Ils résument bien ce qu’il ressort d’un échange avec l’agricultrice et déléguée MSA de 62 ans.

La tansition

L’une de ces rencontres est bien évidemment celle de son mari. Il est à la tête d’un élevage de chèvres laitières et a repris l’exploitation familiale, elle est collaboratrice d’un agent d’assurances. Avec le temps, ce travail ne l’épanouit plus.

À 37 ans, elle retourne sur les bancs de l’école. « J’ai vu une opportunité de travailler à mon compte, aux côtés de mon mari. Je n’avais pas de formation agricole, j’ai donc passé une année en centre de formation pour adultes afin d’obtenir le brevet professionnel. »

Alors enceinte de son fils Raphaël, elle en garde un très bon souvenir. « J’avais une énergie qui me portait et le groupe d’élèves était très solidaire. Vingt-quatre ans après, nous nous revoyons toujours. » Le dernier cours a lieu un vendredi, elle accouche le mardi suivant.

Déléguée suppléante

Son diplôme en poche, commence le plus difficile. « Comme je ne venais pas du monde agricole et que j’étais une femme, on m’attendait au tournant. Ça a été dur de me faire une place mais je ne m’avoue pas facilement vaincue. Et je ne regrette pas du tout d’avoir persévéré. »

Si bien que, de fil en aiguille, on lui demande de se présenter à la chambre d’agriculture. Elle accepte. André Gingreau, délégué local du canton de Bressuire pour la MSA, lui propose par la suite d’être sa suppléante. Deuxième rencontre marquante. Cette « belle personne » lui met le pied à l’étrier.

L’éleveuse a besoin de contact. C’est la seule chose qui lui manque de sa vie professionnelle d’avant. Et surtout, un proverbe guide ses pas. Il était accroché au-dessus d’une porte chez ses parents : « On a plus de plaisir à donner aux autres qu’à recevoir ».

Un costume taillé pour elle

Altruisme, bienveillance, le costume de déléguée est taillé pour elle. « Il y a quelques années, quand ça allait mal dans le secteur, il y a eu quatre suicides autour de nous, dont un ami proche. Ça m’a bouleversée et je veux apporter ma pierre à l’édifice », confie-t-elle.

Elle suit la formation Sentinelles. « Je ne suis ni psychologue, ni professionnelle de santé. J’écoute et je relaie en fonction de l’urgence de la situation. Parfois, il ne faut pas perdre de temps. »

Durant la vingtaine d’années passée en tant que déléguée MSA, les sujets de l’isolement des jeunes et de l’accompagnement des personnes face à l’arrivée d’internet ont marqué son engagement. « Les difficultés liées aux outils numériques sont un problème qui peut créer une grande solitude, on ne s’en rend pas compte », déplore-t-elle.

Déléguée et éleveuse

Sa filière aussi lui tient à cœur ; elle est membre du conseil d’administration de Capr’inov (le salon de la filière caprine à Niort) et élue à sa laiterie, la coopérative Agrial. « Cela me plaît parce que ça touche mon métier, que je peux le défendre et partager avec d’autres. » Le partage et les rencontres, toujours.

Son fils, installé depuis deux ans, reprend peu à peu l’élevage. De nombreux travaux ont été réalisés pour lui permettre d’assumer seul la gestion de l’exploitation ; car Marie-Christine et son mari arrêteront d’ici un ou deux ans.

Elle n’a pas renouvelé son mandat à la chambre d’agriculture. Ses priorités, désormais, sont le terrain et le bénévolat. « Et je compte bien m’investir encore davantage dans mon rôle de déléguée ! » s’enthousiasme-t-elle.

On se dit presque tout…

Une personne qui a marqué votre vie ?
Ma grand-mère, je l’ai toujours admirée.

Qu’est-ce qui vous motive le matin au réveil ?
Être à mon compte et travailler pour moi.

Quels sont vos loisirs favoris ?
Le sport, la lecture et la cuisine.