C’est la douche froide pour les maraîchers du Pays de la Loire qui déplorent la perte de la récolte des légumes d’hiver – carottes, épinards, choux-fleurs par exemple – après une longue séquence de fortes précipitations. Certaines cultures, gorgées d’eau, ont pourri en terre.
Moins de récoltes
Et les semis ont été retardés à cause de l’humidité. Il a fallu attendre que la terre sèche pour les lancer. Il n’a cessé de pleuvoir qu’à partir du 23 février.
Telle est la situation de Maxime Violleau, 34 ans et de son frère Sébastien, 36 ans, installés depuis 2016 à Ingrandes-le-Fresne-sur-Loire, une ancienne commune intégrée à Mauges-sur-Loire. Ils ont pris un mois de retard dans les semailles.
Ce qui signifie moins de récoltes et de produits à proposer en vente directe sur les marchés des environs dans les prochaines semaines. Avec leurs 4 hectares, les deux frères, associés en groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec), travaillent en circuit court. « Les clients nous attendent sur certains légumes. Et dans un mois, on n’aura pas ce qu’il faut, s’inquiète Maxime. Ils vont être tentés d’aller voir aussi ailleurs. »
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Ça peut déborder…
Heureusement le beau temps de ce début de mars permet d’accélérer la mise en terre des plants. « On a travaillé cette semaine dans l’urgence et concentré le maximum de tâches en une journée pour préparer les terrains avant de les semer. Les champs ont été désherbés et labourés. On y a mis le fumier. Ensuite les épinards, les petits pois, les radis, des carottes et les betteraves ont été semés. Et là on va planter des patates. » Les heures de travail intensif ont permis de retrouver le calendrier habituel des plantations.
«Nous avons cultivé un peu plus que d’habitude pour essayer de compenser au maximum les pertes. On espère vendre le plus de légumes possibles. On croise les doigts pour que la qualité soit au rendez-vous. » Ce n’est pas la première fois que l’exploitation subit ce type d’épreuve.

« En juin 2016, se souvient Maxime, on a aussi été inondé même si ce n’était pas de même ampleur. Les parcelles où l’on lance nos premières cultures de l’année sont vraiment basses et présentent un sol très sableux. C’est l’ancien lit de la Loire. Quand le fleuve déborde et monte trop haut, l’eau arrive par capillarité. Cette année-là, on avait perdu pas mal de légumes en juin. Et il n’y a pas eu d’indemnisation. Cette fois, on aborde les événements avec un peu plus de recul. »
Les crues sont monnaie courante
Le Gaec, niché dans le bourg d’Ingrandes-le-Fresne-sur-Loire, s’étale le long de la rive droite de la Loire, ce fleuve de 1 006 kilomètres qui traverse la France. La départementale 210 sert de tampon entre l’exploitation et la bordure du fleuve. Les crues y sont monnaie courante. « On est dans une région où ça peut déborder assez facilement. »
Ce qui a surpris tout le monde, c’est l’étendue. L’eau a gagné pour la première fois des zones jusque-là épargnées. « Elle atteint l’un de nos champs les plus reculés. Or, on n’est pas censé avoir de l’eau à cet endroit, s’étonne le maraîcher. C’est nouveau. »
Problème de fossés
Pour lui, il s’agit d’un problème d’écoulement en lien avec de récents aménagements et constructions. « Certains fossés ont été mal remis ou n’ont pas été bien entretenus. Ils sont bouchés et ça déborde. C’est ce qui explique l’immersion des terres. J’ai creusé en vain des tranchées à droite et à gauche pour essayer de drainer au maximum. On va voir avec la mairie pour que des travaux soient effectués. »

Trente-cinq kilomètres plus loin au nord d’Angers, au cœur des basses vallées angevines, à Cantenay-Épinard, Matthieu Gélineau, éleveur de vaches allaitantes prim’holstein et polyculteur, dresse le bilan des débordements sur ses pâturages : « Normalement, on met les vaches aux pâtures fin février, début mars. Et là, elles n’y sont toujours pas. On a un bon mois de retard parce que plus de 118 hectares sont inondés sur l’ensemble de l’exploitation. »
Cela a une conséquence sur les stocks de fourrage, de maïs et de foin récoltés l’année dernière. Cette nourriture est aujourd’hui servie aux bêtes. « Les génisses et les veaux sont encore sur un système hivernal. » La réduction des réserves de secours s’ajoute aux récoltes qui ne se feront pas sur les 8 hectares de méteils fourragers qui ont dû être détruits.
« On a intégré ce facteur de risque dans le calendrier de nos cultures. On est habitué sauf que, là, les inondations ont un caractère exceptionnel. Ça fait vingt-cinq ans qu’on ne les avait pas vues si hautes. Mais c’est normal. On doit toujours se tenir prêt au cas où. Comme on dit chez nous, on a une “barge d’avance”, un stock de foin pour les mauvaises années. C’est comme ça qu’on tient. »

Le rôle de protection de l’environnement
L’eau est même une manne. « Ici l’objectif, c’est que ce soit inondable. Dans les prés submergés poussent des plantes acclimatées. Elles supportent l’eau de novembre à avril. Et après, ça donne une belle pousse d’herbe tout le reste de l’année. La zone se nourrit des alluvions apportées par les crues. Or notre rôle, c’est aussi de protéger l’environnement. »
Ses prairies sont classées Natura 2000, un dispositif européen de protection de la nature. Elles favorisent la préservation des oiseaux et des variétés florales. Pour l’éleveur, le métier est à la croisée de toutes ces nécessités. Face aux épisodes climatiques, ce qui prévaut, c’est la résilience. « On anticipe les phénomènes. On passe notre temps à prévoir l’imprévisible », lâche-t-il d’une voix humble.