Chaque matin, après le petit-déjeuner et la toilette, un petit groupe de volontaires part chercher le pain à la boulangerie d’à côté, tandis que d’autres s’attaquent à l’épluchage des légumes avec la cuisinière. Le lundi, plusieurs partent redécouvrir les environs en minibus ; mardi, c’est musicothérapie ; jeudi après-midi, place à la boxe adaptée.

Des journées ritualisées

À La Maison câline de Montréal-la-Cluse, les journées sont très ritualisées, dans le respect du rythme des pensionnaires. Ce programme quotidien fait partie intégrante d’un suivi personnalisé enrichi, grâce à l’implication de nombreux bénévoles, qui favorisent la mobilisation cognitive et physique.

Ouverte en mars 2025, la structure gérée par la commune est entièrement dédiée à l’accompagnement de la maladie d’Alzheimer. Une première dans le réseau des Maisons d’accueil et de résidence pour l’autonomie (Marpa) pour seniors, créé par la MSA il y a plus de 35 ans. Elle accueille 23 personnes âgées en hébergement permanent, et propose également un accueil temporaire et un accueil de jour.

Chaque repas commun est un moment important pour les pensionnaires ; pour ceux qui ne savent plus comment manger, l’effet de groupe est important dans le mimétisme. – © Sébastien Tournier/Département de l’Ain

« Elle répond à un besoin croissant sur notre territoire et apporte une réponse concrète et innovante à ceux qui ne peuvent plus rester seuls à domicile sans pour autant nécessiter une prise en charge médicalisée en établissement », assure Jean Deguerry, président du conseil départemental de l’Ain, porteur du projet aux côtés de la commune.

Une relation de confiance

Un concept dont l’essentiel se joue dans le regard porté sur ce public, s’appuyant sur les travaux de la Québécoise Nicole Poirier, fondatrice du centre Carpe Diem. « Il s’agit de voir la personne sous un autre angle que la maladie, explique Laetitia Charvolin, directrice de la Marpa. On la remet au cœur de son accompagnement en fonction de ses besoins. »

Pour cette ancienne infirmière, l’enjeu consiste à préserver le plus longtemps possible les capacités restantes, en évitant de se focaliser sur ce qui a été perdu. Les journées sont ainsi construites autour de repères stables. Lever, petit-déjeuner, préparation et temps de repas, activités, temps de repos, coucher… chacun avance à son rythme, avec le soutien des professionnelles disponibles 24h/24, 7j/7 et des nombreux bénévoles, comme ceux de France Alzheimer, partenaire de la structure.

Des gestes simples en apparence, mais qui sollicitent la mémoire, la motricité et les automatismes du quotidien. « Le but est de les laisser les plus autonomes possible », résume la responsable.

Comme la boxe adaptée, les multiples animations favorisent les capacités de chacun au-delà de leurs difficultés. – © Sébastien Tournier/Département de l’Ain

La philosophie de la Maison Câline repose également sur une connaissance approfondie de l’histoire de chacun et une relation de confiance. Lorsqu’une ancienne secrétaire de direction traverse un moment d’angoisse, l’équipe lui propose par exemple de trier du courrier ou de participer à une tâche administrative. « Ça la remet dans une identité, explique Laetitia Charvolin. Elle retrouve des habitudes de vie qui la rassurent. »

Les familles, étroitement associées au projet, redécouvrent parfois une image différente de leur parent. « Le mari de l’une de nos résidentes n’en revenait pas de voir son évolution. Cette dernière avait retrouvé des capacités et une joie de vivre qu’il ne voyait plus à la maison. » Certains reprennent goût aux activités, d’autres retrouvent de l’assurance ou davantage d’apaisement. Sans faire disparaître la maladie, qui avance souvent inexorablement, cet environnement stimulant aide à réduire l’anxiété et à retarder la perte d’autonomie.

Si la pathologie est bien présente, elle ne définit pas entièrement les personnes, qui ont une histoire, des envies. Et une place à prendre dans la vie collective.

Accompagner le vieillissement

Le département de l’Ain s’engage dans l’accompagnement des maladies neurodégénératives à travers son plan senior 01 (2023-2028).

« Nous y consacrons plus de 27 millions d’euros par an afin d’améliorer l’adaptation de l’offre d’accueil et d’hébergement, la coordination entre les acteurs, renforcer la sensibilisation et soutenir le bien vieillir à domicile. Nous avons notamment financé une flotte de 1 000 véhicules à destination des intervenants à domicile », détaille Jean Deguerry, son président.

Le territoire comptabilise 38 résidences autonomie, dont 19 Marpa, ce qui en fait le premier du réseau.