Face aux déserts médicaux, quelles réponses vous semblent aujourd’hui les plus efficaces pour améliorer l’accès aux soins ?

Marion Bru, présidente de la FACS nationale, directrice du dispositif d’appui à la coordination de la Gironde (Dac 33) : La ressource médicale est précieuse, et puisque nous sommes des dispositifs d’appui aux profession­nels, notre mission première est de leur faire gagner du temps dans leur quo­tidien. Cela implique d’être proactifs, d’anticiper les situations susceptibles de les mettre en difficulté et de faci­liter l’interconnaissance des ressources disponibles sur leur territoire.

Dans les zones rurales, les dif­ficultés rencontrées sont souvent très concrètes : accès aux soins com­pliqué par des problèmes de mobi­lité, une dégradation brutale de l’état de santé nécessitant une entrée rapide en institution, ou encore la défaillance de l’aidant. Dans ces moments-là, il faut pouvoir intervenir auprès de l’aidé sans délai.

Notre rôle est d’organiser l’ac­compagnement et de sécuriser le maintien à domicile. Nous pouvons mobiliser des solutions d’héberge­ment temporaire, qui portent bien leur nom. Il s’agit en effet d’une réponse mobilisable en moins de 24 heures, permettant d’éviter une hospita­lisation ou d’en sécuriser la sortie. Dans un second temps, nous prépa­rons le retour à domicile en activant les interventions nécessaires : infir­mière, kinésithérapeute, et l’ensemble des soins adaptés à la situation.

Comment les dispositifs d’appui peuvent-ils mieux prévenir les ruptures de soins ?

Nous sommes en train de consti­tuer des observatoires territoriaux des ruptures de parcours. C’est une métho­dologie construite avec la direction générale de l’offre de soins (ministère de la Santé) et l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux.

L’idée est d’avoir une définition commune : qu’est-ce qui crée une rupture ? L’ab­sence de ressources ? Leur mauvaise utilisation ? Une fois cette définition partagée, nous pouvons identifier les plus récurrentes et trouver des solu­tions collectives.

Le plan d’accès aux soins de la MSA prévoit de renforcer les liens avec les DAC. Qu’en attendez-vous ?

Les DAC disposent d’une véri­table expertise dans la coordination des situations complexes. Bien souvent, les parcours de santé sont entravés par des problématiques sociales : diffi­cultés financières, logement inadapté, surendettement… Autant d’éléments qui transforment une situation en véritable enjeu de coordination.

C’est pourquoi la collaboration étroite avec les services sociaux et en particulier la MSA est indispen­sable. Aujourd’hui, nous n’avons plus le luxe de fonctionner en silos : toutes les forces sont nécessaires, et c’est leur synergie qui crée l’efficacité. Plus nous repérons tôt les fragilités, plus nous pouvons prévenir les situations drama­tiques et, ce faisant, réduire les coûts pour la collectivité.

Comment mieux intégrer la dimension sociale dans la coordination ?

Une situation relevant uniquement de la santé, complè­tement isolée du reste, n’existe pas. Le volet social influence tou­jours le parcours d’une personne. Lorsque ces difficultés ne sont pas prises en compte, les situations se dégradent : hospitalisations prolongées, retours à domicile impossibles, coûts humains et financiers considérables.

Ce n’est cependant pas la mission première des DAC. Des assistantes sociales existent déjà au sein des dépar­tements, des communes ou des autres institutions. Notre rôle est de travailler en étroite collaboration avec ces professionnels, en véritable complémenta­rité et de les alerter si nécessaire.

Comment éviter la dispersion entre les diverses instances locales ?

Pour moi, c’est avant tout une question de coordination terri­toriale. Il est essentiel de participer aux instances de gouvernance locales et d’identifier celle qui est la plus pertinente sur le territoire, celle où les acteurs se retrouvent, indépen­damment de la structure qui l’anime.

L’objectif est également de favoriser la présence de la MSA au sein des gouvernances des DAC, afin de travailler conjointement sur les projets.

Comment adapter l’accompagnement face au vieillissement de la population rurale ?

Nous disposons d’un système riche mais complexe. Son revers, c’est un réel manque de lisibilité. Un coordonnateur met en moyenne six mois à maîtriser véritablement la répartition des rôles sur un territoire. Il est illusoire de penser que les médecins pourront assurer cette coordination à l’aide de simples annuaires.

En milieu rural, les ressources sont limitées : l’erreur n’est pas permise. Il est donc indispensable d’évaluer précisément la situation et le besoin réel, afin d’orienter vers la ressource la plus adaptée.

En quoi la coordination peut-elle renforcer l’attractivité des territoires ?

L’exercice individuel n’attire plus. Les professionnels ne veulent plus travailler seuls : ils recherchent du regroupement, du collectif, et un meil­leur équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

La coordination permet justement de partager la complexité des situations, de construire une véri­table coresponsabilité, et d’éviter que chacun ne compense isolément les défaillances du système. En amé­liorant les conditions de travail, elle devient un véritable levier d’attracti­vité pour les professionnels.

Quel modèle économique pour stabiliser les missions de coordination ?

Aujourd’hui, nous sommes financés par les agences régionales de santé. Nous générons des économies importantes, par exemple quand on évite une hospitalisation ou qu’on réduit sa durée. Mais une dépense évitée est invisible, elle ne se tarifie pas. Un financement reposant sur plusieurs financeurs pourrait renforcer le modèle.

Comment imaginez-vous l’accès aux soins en 2030 ?

Je suis partagée entre deux constats : nous affirmons tous que le mur démographique lié au vieillisse­ment de la population approche, mais, dans les faits, nous restons trop peu proactifs. À l’horizon 2030, la coordi­nation doit devenir un réflexe naturel, intégrée dans l’ADN de l’ensemble des acteurs, et non dépendante de la bonne volonté individuelle de quelques-uns.

Nous devons construire un système lisible pour tous, doté de points d’entrée identifiables et d’or­ganisations transparentes pour les citoyens. Un système où chacun peut entrer par n’importe quelle porte et être orienté de manière fiable, cohé­rente et fluide.

Repères

Créés à partir de 2019, les dispositifs d’appui à la coordination (DAC) unifient plusieurs structures préexistantes pour accompagner les situations complexes. Ils sont aujourd’hui plus de 135 dans le pays et emploient plus de 3 000 salariés. Leur action se décline en trois missions principales :

  • Informer et orienter
    Identifier les ressources du territoire.
    Orienter patients et professionnels vers les solutions adaptées.
  • Coordonner les situations complexes
    Évaluer les besoins, y compris à domicile.
    Organiser le suivi et mettre en place un plan d’action partagé avec le médecin traitant.
  • Structurer les parcours
    Décloisonner les acteurs et améliorer les transitions.
    Éviter les hospitalisations évitables et fluidifier les parcours sur le territoire.