Au 1er janvier 2026, la France compte 245 847 médecins en activité, soit + 1,9 % sur un an et + 14 % depuis 2010. Cette progression, bien réelle, demeure cependant très inégale. Les zones urbaines, littorales et frontalières concentrent le dynamisme, tandis que la « diagonale du vide » continue de perdre des praticiens. La Creuse (– 19,3 %), le Cher (– 17,3 %) ou la Haute-Marne (– 16,7 %) enregistrent des reculs notables en une décennie, quand les Hautes-Alpes (+ 44,7 %), la Haute-Savoie (+ 40,6 %) ou la Savoie (+ 38,6 %) affichent des progressions spectaculaires.

« Les inégalités territoriales persistent et se recomposent. Certains espaces bénéficient d’un renouvellement et d’une attractivité renforcés, d’autres cumulent vieillissement médical et fragilité démographique », observe le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président du Conseil national de l’Ordre des médecins, en charge de la démographie médicale.

Salariat majoritaire

Le second enseignement majeur porte sur la transformation des modes d’exercice. Pour la première fois, le salariat devient majoritaire, représentant 47 % des médecins, contre 42,2 % en 2015, tandis que l’exercice libéral exclusif recule à 44,7 % (les autres ont une activité mixte). Un basculement accéléré par l’arrivée de nouvelles générations davantage soucieuses d’équilibre de vie et de stabilité.

Chez les spécialistes médicaux, la tendance est encore plus nette : 59,9 % sont désormais salariés. Les généralistes restent majoritairement libéraux (54,7 %), mais l’essor des centres de santé et des structures coordonnées transforme en pro fondeur l’organisation des soins. Le visage même de la profession évolue. Les femmes deviennent majoritaires : 50,5 % des médecins en 2026, contre 40,1 % en 2010.

L’âge moyen recule légèrement (49,9 ans), mais les disparités sont fortes selon territoires : les moins de 40 ans représentent 31,1 % des effectifs (contre 16,4 % en 2010), tandis que les 60 ans et plus constituent encore près de 30 % des praticiens. Dans certains départements, comme le Lot, plus d’un médecin sur deux a dépassé 60 ans.

À l’inverse, le Finistère, l’Ille-et-Vilaine ou la Loire-Atlantique attirent de jeunes professionnels, séduits par la qualité de vie et des organisations d’exercice plus structurées.

Cumul emploi-retraite

Autre phénomène discret mais déterminant : la montée du cumul emploi-retraite, dont les effectifs ont progressé de 326,9 % depuis 2010. Dans certaines zones rurales, ces médecins seniors constituent un rempart contre l’effondrement de l’offre (lire aussi en page 12 et 13). Ressource précieuse, mais révélatrice d’un équilibre encore fragile. Enfin, les chiffres du conseil national de l’Ordre soulignent que l’accès aux soins ne dépend plus du seul nombre de médecins. Le temps médical disponible, les modes d’exercice, l’essor des équipes pluriprofessionnelles, l’intégration croissante des médecins à diplôme étranger – 14,2 % des actifs, en hausse de 127,7 % depuis 2010 – ou encore la capacité des territoires à organiser des filières de soins cohérentes sont désormais des leviers essentiels.

Si les tensions demeurent vives dans de nombreux espaces ruraux, quelques signaux de redynamisation apparaissent : regain d’attractivité dans certaines vallées alpines, stabilisation dans des départements de l’Ouest, montée du salariat public et associatif.

La démographie médicale n’est plus un bloc figé, mais un système en mouvement, dont l’avenir dépendra largement de la capacité des territoires à accompagner ces transformations.

En chiffres

  • 245 847 médecins en activité en 2026 (+ 14 % depuis 2010).
  • 50,5 % de femmes parmi les médecins actifs. ›47 % de médecins salariés (42,2 % en 2015).
  • + 326,9 % de médecins retraités en cumul activité depuis 2010.
  • 14,2 % de médecins à diplôme étranger (+ 127,7 % depuis 2010). Pour retrouver l’Atlas 2026 de la démographie médicale : conseil-national.medecin.fr