Dans les territoires ruraux, l’accès aux soins n’est plus seulement une difficulté : il devient une ligne de fracture. En 2024, 87 % du territoire national est classé en désert médical et près d’un tiers de la population vit dans une zone sous-dotée en méde­cins généralistes.

Pour les habitants – et davantage pour les plus précaires – le risque de renoncement aux soins s’ins­talle durablement. « Nous faisons face à une crise structurelle qui appelle des réponses systémiques, pas des ajustements à la marge », résume Virginie de Sousa, médecin conseiller tech­nique national à la caisse centrale de la MSA.

Maillage structuré

À cette tension s’ajoute un facteur démographique déter­minant : d’ici 2030, le nombre de personnes de plus de 60 ans vivant en milieu rural augmentera de 30 %, dont deux millions en perte d’autonomie. Une évolution qui accentue mécanique­ment la pression sur un système déjà fragilisé.

C’est dans ce contexte que la MSA a déployé début mars son Plan national d’accès aux soins (PNAS) 2026-2030. L’ambi­tion : passer d’une logique de réponse ponctuelle à une stratégie territoriale structurée. Le plan repose sur une méthode éprouvée : partir des besoins locaux, mobiliser les acteurs, construire des solutions sur mesure et diffuser les initiatives efficaces. « Notre rôle est d’être un facilitateur. Nous partons du terrain pour construire des réponses concrètes, adaptées aux réalités locales », insiste Virginie de Sousa.

Répondre à la pénurie médicale

Premier chantier : répondre à la pénurie médicale dans les zones les plus fragiles. Médicobus, cabinets itinérants, télémédecine, centres de santé participa­tifs ou plateaux techniques mutualisés : les solutions envisagées rompent avec le modèle traditionnel.

Chaque caisse de MSA devra accompagner la création ou la consolidation d’au moins deux maisons de santé pluriprofessionnelles ou centres de santé d’ici 2028. « Il n’existe pas de solution unique. Ce qui fonctionne dans un territoire ne sera pas forcément pertinent ailleurs. Notre approche est pragmatique et différenciée », souligne la médecin.

Développer l’offre de CPTS

Deuxième levier : rendre les territoires ruraux plus attractifs pour les professionnels de santé. La MSA entend notamment accélérer le développement des commu­nautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), avec un objectif de couverture complète du territoire rural à l’ho­rizon 2030.

En parallèle, elle cible les jeunes générations. Le programme Éduc’Tour propose à des étudiants en santé une immersion dans l’exercice coordonné en milieu rural. « L’installation se décide souvent tôt. Il faut donner envie, montrer que ces territoires offrent des conditions d’exercice modernes et collectives », explique Virginie de Sousa.

Structurer les parcours de soin selon les pathologies

Troisième axe, sans doute le plus structurant : organiser des parcours de soins sans rupture. La MSA se positionne ici comme un intermédiaire entre médecine de ville et hôpital, afin de limiter les hospitalisations évitables et améliorer le suivi des patients chroniques. Des parcours spécifiques sont déjà déployés pour des pathologies comme le diabète ou l’in­suffisance cardiaque.

Mais l’innovation majeure réside dans le dispositif « Retour vers les soins », expérimenté dès cette année. Son principe : créer une passerelle entre les travail­leurs sociaux, qui repèrent les personnes en rupture de soins, et les dispositifs d’appui à la coordination (DAC), chargés de les réorienter. « Trop de patients disparaissent des radars. Ce dispositif vise à aller les chercher et à les raccrocher au système de santé », détaille la médecin.

Le principe de la coconstruction

Le plan s’appuie sur un réseau dense de partenaires : agences régionales de santé, Assurance maladie, collectivités, fédérations professionnelles. Une condition indispensable pour agir efficacement dans des territoires où les compétences sont éclatées. « La clé, c’est la coconstruction. Aucun acteur ne peut résoudre seul ces problématiques », confirme Virginie de Sousa.

Au-delà des mesures concrètes, le PNAS apparaît comme un laboratoire des politiques publiques de santé en milieu rural. Il mise sur une approche territorialisée, fondée sur l’ingénierie de projet et la coordination des acteurs.

Reste un défi de taille : les moyens. Car derrière les ambi­tions affichées, la question des ressources humaines et finan­cières demeure centrale. « Nous avons aujourd’hui une méthode solide et des outils efficaces. Le véritable enjeu, c’est de tenir dans la durée et de donner aux territoires les moyens d’agir », conclut Virginie de Sousa.