Mardi 23 juin 2026, jour d’assemblée générale de la CCMSA à Paris et de canicule en France. Un épisode météorologique exceptionnel qui tend à le devenir de moins en moins. Il est 8h30 et le parvis, où les élus patientent en file indienne avant le contrôle de sécurité à l’entrée du bâtiment, est encore à l’ombre. La chaleur reste supportable. Cependant, les traits de la plupart sont tirés ; le manque de sommeil se fait sentir.

La canicule est au cœur des conversations, avec les conséquences des fortes températures sur les activités de ces acteurs du monde agricole et rural. Humains, bêtes, cultures, tous sont impactés. Une nouvelle fois car, après une année 2025 déjà marquée par une succession de crises, 2026 semble s’inscrire dans la même lignée.

« Elles sont multiples et cumulatives, rappellera d’ailleurs François Serpaud, premier vice-président, quelques dizaines de minutes plus tard lors de son interview croisée avec Anne-Laure Torrésin, directrice générale. Il y a les crises économiques, avec la volatilité des revenus, des crises climatiques et sanitaires, mais aussi un fort malaise social qui s’est traduit par des situations de mal-être en hausse. »

La MSA au cœur des réponses à construire

Une année « exigeante pour notre institution, pour nos équipes, pour nos élus, et bien sûr pour l’ensemble de nos adhérents, salariés comme non-salariés, juge Jean-François Fruttero dans son rapport introductif. Elle a été marquée par des tensions profondes, économiques, sociales, et tout simplement humaines. Ces difficultés, nous les connaissons bien, nous les vivons dans nos territoires, dans nos métiers et dans nos vies. Je suis fier de pouvoir dire devant vous que la MSA a répondu présent : avec des équipes mobilisées, avec des délégués engagés, avec des actions concrètes. »

Dans ce contexte difficile et tout au long de son intervention, le président tient clairement à souligner le rôle majeur que joue la MSA dans le monde rural. Conscient des fortes attentes du monde agricole et des enjeux auxquels il est confronté, il lui paraît évident que : « La MSA n’est pas seulement au rendez-vous, elle est pleinement au cœur des réponses à construire. » Et cela grâce à sa capacité à détecter les besoins, à les anticiper et à apporter des solutions.

« La logique d’“aller vers” que nous avons initiée depuis plusieurs années s’est ancrée dans nos pratiques, dans notre savoir-faire, en permettant d’approfondir nos liens avec nos adhérents, qui sont notre raison d’être, mais aussi notre légitimité à agir au service des territoires. »

Être proactif face au mal-être agricole

Ce positionnement permet notamment à la MSA de faire face à un défi majeur : le mal-être agricole. « Nous en connaissons les racines, nous en connaissons les causes et nous sommes pleinement mobilisés pour les traiter. Mais nous faisons face à ses conséquences, qui sont vertigineuses, existentielles, trop souvent mortelles », déplore le président.

Un constat que détaille un peu plus tard François Serpaud : « Nous avons remarqué une dégradation réelle des situations ces dernières années. Pour y remédier, la MSA a fait le choix d’une réponse globale en positionnant la relation humaine au cœur de son action qui repose sur trois axes complémentaires : la détection rapide grâce au programme national de prévention du mal-être et au réseau des Sentinelles, l’accompagnement immédiat via Agri’écoute, des consultations psychologiques, des aides au répit ou un soutien économique et social, et la proximité via la démarche d’“aller vers”. »

Pour Anne-Laure Torrésin, cette démarche marque un véritable changement de logique. « Nous ne pouvons plus attendre que les adhérents viennent, ou non, demander de l’aide. Aller vers, c’est contacter directement par téléphone, SMS ou se déplacer auprès des exploitants touchés par une crise, par exemple, pour leur apporter des solutions sans attendre qu’ils les demandent. »

Une transformation au service des adhérents

Cette logique proactive s’exprime également à travers la grande concertation nationale sur la simplification menée du 3 novembre au 19 décembre dernier. Plus de 55 000 contributions ont été recueillies.

« Elles ont révélé une attente très forte de démarches plus simples, plus rapides, plus lisibles et ont nourri des évolutions concrètes comme le développement des formalités en ligne, l’amélioration des parcours usagers et la simplification administrative. Cette transformation est bien perçue par 79 % des adhérents. Ce qui prouve que la modernisation numérique améliore le service sans dégrader la relation humaine », se réjouit la directrice générale.

Médiateur de la MSA : les recommandations évoluent

16 428 saisines enregistrées en cinq ans ; 1 975 pour l’année 2025, un chiffre en baisse de 8,8 % par rapport à 2024.

Jean-Marie Marx, médiateur de la MSA depuis 2022, dresse le bilan de son année en portant une attention particulière à l’évolution nette du contenu de ses recommandations de portée générale. « À l’origine, elles étaient essentiellement axées sur la modification du cadre juridique, particulièrement les règles d’assujettissement et la détermination des cotisations sociales. Depuis une dizaine d’années, l’accent est mis sur l’amélioration des procédures internes. »

Voie de recours amiable et « tour d’observation » des signaux faibles, le médiateur se félicite de la fluidité et de la réactivité du processus de correspondance, du délai de traitement moyen d’un mois des dossiers portant sur l’application du droit ou de la nette diminution des litiges impliquant la qualité de service.

Autre temps fort de son année, les 25 ans de médiation en MSA qui se sont déroulés le 8 octobre à la caisse centrale en présence de Claire Hédon, la Défenseure des droits.

La proximité, l’ADN de la MSA

Une relation humaine particulièrement précieuse, comme le souligne François Serpaud : « La MSA s’appuie sur sa proximité territoriale, avec son réseau d’acteurs locaux et de délégués, c’est ce qui fait son ADN. Elle peut ainsi adapter ses réponses aux réalités de chaque territoire et de chaque crise. »

Mais son rôle ne s’arrête pas là. La MSA agit également comme interface avec les pouvoirs publics, rappelle Anne-Laure Torrésin : « Nous nous sommes aussi mobilisés pour mettre en œuvre des réformes majeures portées par le gouvernement, comme la réforme des retraites et la prise en compte des 25 meilleures années pour les non-salariés agricoles, la réforme de l’assiette sociale ou la loi de financement de la sécurité sociale 2026 qui a porté des mesures agricoles et sociales. »

Une légitimité forte pour préparer l’avenir

Capacité d’adaptation, réactivité, proximité et feuille de route ambitieuse avec MSA 2030 : autant d’atouts qui pèsent dans les négociations de la convention d’objectifs et de gestion (COG).

D’autant plus que, comme le martèle le président : « La MSA est une organisation professionnelle incontournable, issue du monde agricole, ancrée dans les territoires, portée par des élus provenant de toutes les composantes qui font notre richesse. Comprendre, agir, proposer, influer. Nous savons le faire. Cette position nous donne une légitimité forte ; elle appelle aussi de grandes responsabilités. »

Une année d’élections et de santé au féminin

Lors d’une table ronde consacrée aux actions des délégués, Sabine Delbosc-Naudan, présidente de la commission de l’action mutualiste institutionnelle, est revenue sur les élections MSA organisées en 2025. « Elles ont généré un fort taux de renouvellement, avec plus de 50 % de nouveaux élus, ainsi qu’un taux de 43 % de nouveaux membres au sein des conseils d’administration des caisses de MSA. »

Évoquant le rôle de ces élus, François Serpaud rappellera un peu plus tard : « Ce sont eux qui font le lien sur le terrain : repérage du mal-être, actions de prévention, accompagnement des adhérents… » En 2025, les délégués ont ainsi mené plus de 1 600 actions.

« Ce nombre reflète la vitalité de notre modèle mutualiste, qui repose sur des délégués et des salariés à l’écoute des adhérents », souligne Sabine Delbosc-Naudan avant d’aborder la thématique de la santé au féminin. Partout en France, les délégués se sont mobilisés dans le cadre d’une action commune autour de sujets essentiels : prévention, dépistage et lutte contre les tabous.

Et de conclure : « Aujourd’hui, il faut que nous soyons tous ambassadeurs de notre dynamique mutualiste en étant plus offensifs, profiter de toutes les occasions pour mettre en avant les atouts de notre modèle et ses réalisations. »

À l’ouverture de l’assemblée générale de la CCMSA, Jean‑François Fruttero a rendu hommage à Michel Brault, directeur général de la CCMSA de 2011 à 2018, disparu le 7 mars dernier. Il a salué la mémoire d’un homme de convictions, profondément attaché au mutualisme, dont l’engagement a durablement marqué la MSA et le monde agricole. © Franck Beloncle/CCMSA
À l’ouverture de l’assemblée générale, un hommage a été rendu hommage à Michel Brault, directeur général de la CCMSA de 2011 à 2018, disparu le 7 mars dernier. Jean-François Fruttero a salué la mémoire d’un homme de convictions, profondément attaché au mutualisme, dont l’engagement a durablement marqué la MSA et le monde agricole.