Est-ce le souvenir du cidre bu enfant un soir d’été à 7 ans dans le pressoir du grand-père paternel au cœur de la campagne normande qui, vingt ans plus tard, conduit Théo Perrin à poser ses valises sur cette même terre pour devenir cidriculteur ?

Après un bac littéraire, deux ans d’hypokhâgne ­khâgne et une licence d’histoire suivis en région parisienne, il quitte tout pour préparer un brevet de responsable d’entreprise agricole (BPREA) cidri­cole au lycée de Saint-Pierre-en-Auge.

Dates clés

L’établissement se situe à quelques kilo­mètres de l’exploitation du grand-père, ancien éleveur de vaches allaitantes, installé à Valsemé, une commune de 261 habitants. « En repérant la formation en 2023, ce fut la révélation. Je me suis dit : “Ça y est, j’ai trouvé ma voie. Je veux être paysan.” »

BPREA cidri­cole au lycée Le Robillard

À l’annonce de ce choix, le papi de 78 ans l’a regardé « bizarrement », ne s’attendant pas à voir, au soir de sa vie, son petit-fils reprendre le flambeau. Il n’a laissé éclater sa joie et sa fierté qu’une fois que Théo a obtenu son diplôme, terminé son stage chez David Gautard, un pro­ducteur de cidre local, décroché en 2024 le poste de maître de chai au sein de l’établissement qui l’a formé et surtout lorsqu’il l’a vu, à la ferme, s’acharner à planter des pommiers les week-ends.

« Ça commence à prendre forme. En deux ans, on a déjà mis en terre deux hectares de pommiers en hautes tiges », confie Théo, heureux d’avoir dissipé les doutes de celui qui lui a transmis l’amour des champs et des foins.

Tous les vendredis, de 14 h 30 à 16 h 30, Théo Perrin organise une vente directe au vieux pressoir situé à l’entrée du château Le Robillard (copyright photo : DR).
Tous les vendredis, de 14 h 30 à 16 h 30, Théo Perrin organise une vente directe au vieux pressoir situé à l’entrée du château Le Robillard (copyright photo : DR).

Né à Castres, dans le Tarn, le jeune cidriculteur grandit au rythme des mutations d’un père parachu­tiste militaire de carrière. À 2 ans, Théo découvre la Nouvelle-Calédonie où la famille séjourne pendant trois ans. À 5 ans, il fait le plein de copains dans une école primaire de Tarbes, dans les Pyrénées. À 10 ans, lui et son accent du Sud débarquent dans les Yvelines, à Saint-Germain­-en-Laye, une ville bourgeoise « qui n’accepte pas trop les différences ».

Le père quitte l’armée et devient chef de gare routière au ministère de la Défense. La mère est infirmière. Ces nouveaux caps professionnels ancrent la famille en région parisienne. « Petit, ce n’est pas facile de s’adapter. Trouver sa voie et sa place n’est pas évident. »

Tracer son sillon

La Normandie est une réponse au sentiment de déracinement d’autrefois. C’est là qu’il creuse aujourd’hui son sillon. « Mon grand-père vient de cet endroit. Mon idée est de m’y enraciner. »

En attendant de s’installer à son compte, Théo gère entièrement les huit hectares de vergers du Robillard. Plantation, taille, production et com­mercialisation, il pilote toutes ces activités. « J’ai une grande autonomie. La récolte tourne autour de 40 à 50 tonnes de pommes. Ça permet de produire près de 15 000 bouteilles de cidre, de jus de pomme, bref, toute la gamme des produits. »

Son ambition immédiate : « rendre l’atelier cidriculture rentable et moderniser la marque de cidre Le Robillard afin d’en faire la vitrine du lycée ».

L’implantation dans le Calvados se poursuit même côté cœur. Théo s’est épris de la petite-fille du meilleur ami du pépé, éleveur et cidriculteur mais surtout voisin à Valsemé.

Le saviez-vous

Le cidre n’est ni breton ni normand, révèle Théo Perrin. Il serait basque. Attesté à l’époque antique, « ce vin de pomme » serait arrivé en Normandie au milieu du Moyen Âge via le Pays basque. Produits du domaine Robillard à commander sur le-robillard.fr/tarifs-produits-cidricoles ou en vente directe au vieux pressoir à l’entrée du château Le Robillard, tous les vendredis de 14 h 30 à 16 h 30. Contact : Théo Perrin, maître de chai, 07 64 78 80 23.