Manon Pisani définit son parcours en agriculture comme classique : bac L linguistique, Licence de droit fiscal, préparation du concours d’inspecteur des finances publiques puis BTS analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole (ACSE) au lycée d’Albi. Le plus classique, en fait, est que sa mère, qui vient de prendre sa retraite, était productrice de fruits dans le Tarn-et-Garonne, aux portes de Montauban.
« J’ai eu la chance de grandir sur l’exploitation familiale. » Son amour pour l’agriculture, Manon le tire de là. « Rapidement, je me suis rendu compte que travailler avec du vivant, ce n’était pas simple tous les jours, mais que c’était agréable. Et puis aucune journée ne se ressemble. » Voilà pour le premier pilier, agricole.
L’agriculture ou rien
Son père n’est pas agriculteur mais son engagement en politique, et celui de sa mère dans le syndicalisme agricole, à la MSA ainsi que dans le réseau de l’Adasea (associations œuvrant dans le champ des services à l’agriculture, l’environnement et le territoire rural) forge le deuxième : « J’ai eu comme modèle familial des parents très engagés dans la vie professionnelle et publique. »
Seulement, « mes parents n’ont jamais souhaité que je fasse des études agricoles. Ils ont tout fait pour m’en dissuader ». Ce qui explique son parcours scolaire atypique et qu’elle s’apprêtait à endosser le costume d’inspecteur des finances publiques. « J’ai réalisé que ce métier n’allait jamais me plaire. » Ce sera l’agriculture ou rien.
Elle fait l’un de ses stages de BTS avec le conseiller en production animale de la chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne, qui gère la filière porcine. Un éleveur de porcs la remarque. Il lui propose de la former et de l’embaucher. « C’est grâce à lui que j’ai embrassé la filière porcine. »
Elle passe sa licence en zootechnie spécialisation élevage de porcs et fait son apprentissage de cheffe d’élevage chez lui. Lorsqu’elle rencontre son mari et qu’elle déménage, ils s’associent ensemble. Il est producteur de maïs. Fini les porcs ? Non, Manon a la ferme intention de s’installer toute seule dès que l’occasion se présente.
« Être passionné ne suffit pas »
Ce qu’elle fait hors cadre familial en 2024. « Nous voulions avoir des choses à nous raconter le soir », lâche-t-elle, avant d’expliquer qu’ils ne voulaient pas tout mélanger afin que la contrainte ne repose jamais sur les deux au même moment. « En étant séparés dans le travail, il y en a un qui peut avoir la tête hors de l’eau et les idées claires pour l’autre. » Le fait que les choses soient fragmentées est plus facile à gérer psychologiquement.
Car elle ne le cache pas, « dans ce métier il faut être passionné mais cela ne suffit pas. Il faut en avoir une vision très économique. D’autant plus avec les crises qui nous touchent ». Mais c’est celui qu’elle a choisi, qui la fait se lever tous les matins à 5h15 et pour lequel elle s’investit autant professionnellement qu’humainement.
« Être agriculteur, c’est avoir la possibilité de s’engager et d’avoir une ouverture d’esprit sur plein d’autres sujets. Ce métier m’offre l’opportunité de rencontrer du monde via le syndicalisme, la MSA, mon réseau de voisins, mes collègues éleveurs de porcs. »
La MSA ? « C’est un travail collectif pour le collectif. Elle est importante dans l’accompagnement des agriculteurs. Notre rôle d’élu est d’apporter notre connaissance du terrain et de ses problématiques. Cette année, personne ne sera épargné. C’est dans ces moments difficiles que peuvent émerger des solutions qui conviennent à tout le monde. Et qui de mieux que les agriculteurs pour trouver celles les concernant ? »
On se dit presque tout…
Une personnalité que vous admirez ?
Mon arrière-grand-mère. Fille de résistants, elle s’est retrouvée veuve très jeune et nous a appris que la résilience des femmes se trouvait dans leur capacité à surmonter les épreuves, non pour faire plaisir aux autres.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
J’y suis. J’ai un métier qui me passionne. Même s’il est parfois dur et prenant. J’ai la vie que j’aurais aimé avoir petite. Je me sens libre dans mon quotidien et dans quelques semaines, avec mon mari, nous aurons une famille. Cela nous était cher et nous y sommes arrivés.