Denis Fumery a toujours considéré que la communication faisait partie intégrante de son métier. Agriculteur en grandes cultures installé en zone péri-urbaine de Cergy, aujourd’hui à la retraite, il a très vite compris qu’exercer son métier ne suffisait pas : il fallait aussi le raconter. « Le fossé entre le monde urbain et agricole se creuse. C’est à nous, sur le terrain et de manière locale, de le réduire en communiquant sur notre réalité », martèle-t-il.

Ses parents, originaires des Hauts-de-France et installés à proximité de Cergy, sont très vite confrontés à la pression urbaine avec l’arrivée de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise. « Quand j’étais adolescent, je trouvais ces changements passionnants : c’était nouveau, une architecture différente qui se développait. » Mais cette pression a un impact sur l’activité de la ferme. « Mes parents ont été expropriés d’une bonne partie de notre terrain d’origine quand la ville s’est construite », se rappelle-t-il.

Le dialogue en héritage

Quand il reprend l’exploitation, il doit, lui aussi, composer avec un parcellaire incertain et morcelé dans une zone péri-urbaine en constante évolution. Dans ce contexte, créer du lien et favoriser le dialogue avec les habitants devient une nécessité. Un trait sûrement hérité de son père qui « passait toujours des heures à discuter avec les voisins quand on les croisait, raconte-t-il. À l’époque, je me disais que c’était une perte de temps. En réalité, c’est lui qui avait raison ! » Une habitude qu’il adopte à son tour et qui devient sa marque de fabrique…

Pendant plus de trente ans, il tente de réduire ce fossé. À l’heure où l’alimentation est un enjeu planétaire, il milite pour défendre ce métier « d’avenir et d’espoir » selon lui. Débats, rencontres et interventions dans les collèges, les lycées ou les écoles avec l’association Rencontre ville-campagne*, présence sur les réseaux sociaux avec France Agri Twittos… il multiplie les points d’entrée pour faire entendre sa voix et dépeindre les réalités du monde rural.

Des paroles qui ne font pas toujours l’unanimité, comme pour sa position sur l’usage des produits phyto-sanitaires, qu’il assume. « On m’a qualifié d’agriculteur agitateur », glisse-t-il. Une étiquette qu’il accepte, car il ne cherche pas le consensus à tout prix : « Les débats sont importants pour avancer et pour sortir d’une vision simplifiée de l’agriculture. »

Egalité des genres

Son engagement passe aussi par les institutions. Toujours actif, il continue de faire entendre sa voix, à la MSA ou au Crédit agricole d’Île-de-France, dont il est le vice- président. Il est devenu délégué MSA pour voir les choses de l’intérieur et s’investit dans des combats concrets comme celui de la reconnaissance des femmes dans l’agriculture. « Ma compagne a travaillé autant que moi pour la ferme et pourtant, elle touche deux fois moins à la retraite. Ce n’est pas normal ! », s’offusque-t-il. Une cause qu’il défend également au sein de Vox Demeter, une association qui valorise la place des femmes dans le milieu agricole.

Aujourd’hui, il a remis les commandes de l’exploitation à l’un de ses fils – il a quatre enfants, une fille et trois garçons. Toujours animé par la même énergie, il continue de raconter son histoire… et celle des agriculteurs. En tentant, par la transmission, de rapprocher deux mondes qui se côtoient.

*Rencontre ville-campagne part à la rencontre des écoliers pour communiquer sur l’agriculture et le métier d’agriculteur en Île-de-France.