Il parle lentement, mais chaque mot porte. Chez lui, pas d’effet, pas de détour : seulement la vérité d’une vie au contact du bois, du danger et des hommes. La forêt n’est pas un décor. C’est une école, presque une manière d’être au monde.
Né en 1956 à Mulhouse, dans une Alsace industrielle, rien ne le prédestinait à devenir bûcheron. Pourtant, très tôt, un imaginaire prend racine : les arbres, la nature, les horizons ouverts. À 16 ans, il quitte l’école sans diplôme mais doté d’une curiosité intacte. Ses débuts sont atypiques. Soigneur animalier au zoo de Mulhouse, puis animateur dans une ferme pédagogique, il apprend « en faisant ». Il a, déjà, le goût du concret, du vivant, et cette capacité à s’engager sans filet.
Une vie dans les forêts du Haut-Rhin
C’est à l’Office national des forêts qu’il trouve sa voie. Pendant trente ans, il arpente les massifs du Haut-Rhin, tronçonneuse à la main. Le métier est rude, dangereux, parfois brutal. Les accidents jalonnent les parcours. Les disparitions aussi. Lui s’en sort, dit-il, par vigilance autant que par chance. « On n’est jamais plus fort que l’arbre que l’on coupe. »
Au fil des années, il voit le métier changer : mécanisation, nouvelles organisations, montée de la sous-traitance et de l’auto-entrepreneuriat. Une évolution qui fragilise. Alors il s’engage. Délégué du personnel, syndicaliste, membre du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, il alerte, défend, dérange parfois.
Donner un visage aux invisibles
Aujourd’hui à la retraite, son combat se poursuit à la MSA d’Alsace. Délégué du canton d’Ensisheim et administrateur depuis 2015, sentinelle contre le mal-être, il accompagne ceux qui vacillent : professionnels isolés, agriculteurs en difficulté, collègues abîmés par le métier. « Ceux qui travaillent dans la forêt sont invisibles. »
Lui s’attache à leur donner un visage. Dans un carnet, il note les noms, les âges, les accidents. Une mémoire des vies fauchées qu’il refuse de laisser disparaître. Son engagement s’étend aux plus fragiles, notamment à travers une structure d’insertion pour personnes en situation de handicap. Il y défend le lien, la dignité et le collectif. Chez lui, la solidarité est une pratique quotidienne.
Il témoigne aussi des bouleversements de la forêt : sécheresses, maladies et dépérissements. Sans emphase, mais la voix empreinte de gravité. « On ne se rend pas compte de la vitesse à laquelle tout se dégrade. » Pour lui, elle est un pilier, un bien commun qui risque de disparaître.
Planter, transmettre, continuer
À la retraite, il continue de marcher, de planter, de transmettre. Dans sa pépinière, il fait pousser des arbres qu’il offre pour replanter haies et paysages. Une manière, simplement, de prolonger le geste.
Rien de spectaculaire en apparence. Mais une fidélité tenace à ses valeurs, et cette conviction tranquille : les combats justes méritent d’être menés jusqu’au bout.
On se dit presque tout…
Une personnalité que vous admirez ?
Le chanteur Georges Moustaki, pour sa sincérité et la fidélité à ses engagements. Plus largement, j’admire les personnes qui restent droites et ne trahissent pas leurs valeurs.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils sont restés intacts : la forêt ne m’a jamais quitté.
Vos plaisirs ou loisirs favoris ?
Faire pousser des arbres dans ma pépinière et les partager. Marcher en forêt, et écouter ce « bain sonore » qu’offre la nature. La pratique du yoga depuis mon plus jeune âge m’a également permis de faire face à la dureté du métier.