La traversée des villages par les brebis tarasconnaises, race ovine emblématique de la région, et leurs douze éleveurs ne s’improvise pas : elle s’organise longtemps à l’avance. Les bêtes sont préparées à ce grand voyage en montagne. Tonte, marquage, soins… cette toilette du printemps, chaque éleveur l’accomplit avant le jour J.

Personne n’oublie la petite cloche suspendue au cou dont le tintement pimente la procession à travers les villages. Carole Alonso et son mari Christophe, les gérants de l’estive de La Courbe, éleveurs de 300 brebis et d’une trentaine de vaches dans la commune de Sost, s’occupent du troupeau en altitude.

Avant de monter, ils ont établi la liste des bêtes participantes grâce à la puce électronique posée sur l’oreille de chacune d’entre elles. « Chaque semaine on sait s’il en manque ou pas et depuis combien de temps. »

Les moutons donnent le tempo même si les éleveurs s'efforcent de contenir les ardeurs de leurs bêtes, aidés de leur chien. Tout se passe comme si ce peloton à quatre pattes brûlaient d'envie d’arriver tout là haut.
Les moutons donnent le tempo même si les éleveurs s’efforcent de contenir les ardeurs de leurs bêtes, aidés de leur chien. Tout se passe comme si ce peloton à quatre pattes brûlaient d’envie d’arriver tout là haut.

Les éleveurs, les chef d’orchestre de la montée

L’éleveuse intervient dans l’organisation de la montée. À bord de son véhicule, elle ouvre la marche, demandant aux marcheurs de presser le pas pour éviter de bloquer la caravane ou de se mettre sur les côtés. « Cette gestion est un stress supplémentaire. Une année, on a eu pas mal de soucis. Les brebis ont fait demi-tour. Si on ne donne pas d’indications aux gens, il peut y avoir des soucis. On est strict sur les consignes parce qu’on ne veut pas qu’il y ait des accidents. »

En tête du troupeau, une armée d’éleveurs munis d’un bâton forme une muraille de protection. Ils orientent les ovins et guettent les débordements côté public afin d’éviter tout vent de panique. Tout au long du parcours, des collègues sont postés aux points de bifurcation pour empêcher les animaux de s’y engager. La coordination entre les acteurs est millimétrée. Carole est en contact téléphonique permanent avec Francis Crouzet qui intervient à l’arrière, avec Luxy et Moutique.

Le berger en Barrousse

Chaque été l’estive de la Courbe, situé près du col de Balès, accueille des brebis et des bovins. Les troupeaux y montent lors de la transhumance organisée début juin. Ils y restent jusqu’à la mi-octobre. « Mon père était berger. Je suis né là-dedans, et j’ai toujours vécu à la montagne tous les étés », confie le berger en Barousse, Christophe Alonso, éleveur de 300 brebis et d’une trentaine de vaches. Il est chargé de s’occuper des brebis.

À l’estive, le cheptel est laissé en liberté. Christophe veille sur les animaux jusqu’au 10 octobre. Dans la cabane où ce fils d’éleveur va vivre pendant quatre mois, tout est bien aménagé. Il dispose de tout le confort nécessaire à sa mission.

Soigner et veiller

Son travail ? « Le matin et le soir, je rassemble les animaux et je leur donne des directions. Les samedis, je les passe au parc de contention. Cela permet de repérer celles qui sont malades et de les soigner. » Les collè­gues montent l’épauler une fois par semaine.

« On trie, on vérifie leur nombre et on nettoie le sabot de celles qui boitent », confirme Dorian Oustric, 20 ans, qui transhume avec 80 bêtes. C’est la troisième fois que le jeune étudiant en BTS production animale à Saint-Gaudens participe à l’événement et il adore ça. « C’est festif. On se retrouve tous ensemble, il y a une belle ambiance. »

Peu avant les granges de Crouhens, s’improvise une pause dans la prairie de Ferrère. Les bergers rassemblent les troupeaux et leur retirent les cloches de route si bruyantes. Une ou deux plus petites et légères ont été laissées sur les moutons de chaque élevage. L’idée est de monter dans les estives dans la sérénité. Chaque bête porte les initiales de son éleveur ou éleveuses et celles du Groupement de La Courbe : GC.
Les bergers rassemblent les troupeaux et leur retirent les cloches de route si bruyantes. Une ou deux plus petites et légères ont été laissées sur les moutons de chaque élevage.

Un rituel familial

Pour rien au monde il ne manquerait le petit déjeuner qui donne le coup d’envoi de la deuxième journée de transhumance. Ce moment sacré de retrouvailles et de partage entre amis et famille commence à 8 heures.

Il rend hommage aux productions locales : pâté, saucissons, fromage et vin en plus du café. Après la ripaille chacun regagne son poste dans le cortège. Ensuite, chacun regagne son poste dans le cortège.

Tout au long de la saison, deux border collies aident Christophe au gardiennage et quatre patous sont affectés à la protection du troupeau contre d’éventuelles attaques de prédateur. Principale difficulté rencontrée pendant la période : le mauvais temps. « Les brebis en sont effrayées, explique Christophe. Quand le soleil est au rendez-vous, elles se gardent presque toutes seules. »