Souvent perçu comme appartenant à un autre temps, le métier de berger est pourtant en plein renouveau. Avec 35 000 élevages pastoraux, soit 18 % des élevages français, répartis sur 5,4 millions d’hectares de pâturages*, la demande ne faiblit pas.
« Sur l’Arc alpin, nous avons un besoin de 800 bergers en été, indique Frédéric Laurent, coordonnateur de la formation de berger transhumant du domaine du Merle. Dans les Pyrénées, ce sont 500 professionnels qui sont recherchés et sur la région Provence, entre 200 et 300. » Depuis le retour du loup, les éleveurs sont amenés à repenser leur système de protection dont le berger fait partie intégrante.
Une formation à l’épreuve du terrain
Entre prédation, problématiques sociétales et besoins de l’élevage pastoral, la profession connaît une profonde mutation. Au domaine du Merle – plateforme pédagogique et expérimentale rattachée à l’Institut Agro Montpellier, spécialisée dans l’élevage ovin transhumant –, situé à Salon-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, on s’efforce de donner à de futurs bergers toutes les clés pour répondre à ces nouveaux enjeux.
Pendant un an, 18 stagiaires se préparent aux situations qu’ils rencontreront en montagne, presque coupés du monde durant de longues semaines en altitude.
Ils passent 120 jours de cours au centre, doté d’une exploitation agricole de 400 ha (150 ha de foin de Crau AOP, 230 ha de parcours) avec un troupeau de 1 500 brebis mérinos d’Arles. Les cours sont dédiés à l’alimentation, aux soins, à la garde des troupeaux dans différentes situations de travail, aux chiens de conduite et de protection, ou encore à la valorisation de la laine… Et 120 jours en entreprise, chez les éleveurs, avec plusieurs stages : l’agnelage d’octobre à novembre, un stage de garde en milieu pastoral (aussi appelé en collines), de fin février à début avril et le stage d’estive, le Graal, de mi-juin à fin septembre.
La formation continue proposée s’adresse à tout public de 18 à 60 ans. La plupart des stagiaires sont des adultes déjà en activité ou en reconversion. « On a eu par exemple un directeur de banque qui rêvait depuis toujours d’être berger. Même s’il savait qu’il n’allait pas exercer, à un an de la retraite, il a tenu à la faire », explique pour l’anecdote Frédéric Laurent. Tous les profils sont bienvenus, donc ! Concernant le recrutement, les candidats sont sélectionnés sur dossier et passent un entretien pour intégrer la formation.
Préparer le mental
Le centre prend aussi en compte les aspects psychologiques dus aux contraintes du métier. « Les bergers sont soumis à une forte pression et à une charge mentale de plus en plus importante », note Frédéric Laurent. En 2018 par exemple, trois troupeaux sur 14 avaient été attaqués lors de l’année de formation.
Aujourd’hui, sur les 18 troupeaux gardés par les stagiaires, la totalité a été confrontée à ces attaques. « Entre la prédation, la gestion des chiens de protection et les éventuelles conséquences de leur présence auprès des autres usagers de la montagne… ils ont beaucoup de poids sur les épaules. On veut assurer la pérennité de leur activité. Ceux qui abandonnent après leurs premières estives sont souvent ceux qui n’ont pas reçu de formation. »
Pour y répondre, le centre a créé des modules spécifiques. C’est le cas de l’un d’eux consacré à la communication non violente pour mieux appréhender les conflits avec certains usagers parfois réticents à côtoyer des patous. Un autre sur comment prendre soin de soi en estive…
Vers un emploi durable
Une formation exigeante qui porte ses fruits. Car selon François Charron, directeur du centre, « tous les élèves trouvent un emploi dès la fin du cursus. » Beaucoup sont d’ailleurs embauchés à l’année, grâce aux modules complémentaires proposés par le centre. Le métier étant saisonnier, les élèves élargissent leurs compétences et accèdent ainsi plus facilement à des débouchés dans les moments creux. Certains restent chez les éleveurs à l’année, d’autres se tournent vers la tonte…
La formation entre dans le projet Passtec (le pastoralisme dans les formations supérieures et techniques pour accompagner les transitions écologiques et climatiques), dans un contexte de profondes évolutions du métier. Les élèves sont ainsi sensibilisés à l’agronomie et au pastoralisme. S’ajoutent ainsi à leur formation pratique l’étude des milieux, la biologie végétale et la gestion des espaces pastoraux : prairies, parcours méditerranéens, (coussouls, colline, montagne).
Une formation complète qui favorise un accès à l’emploi durable.