« Ce qui m’a marqué lors de la séance précédente, au point d’effectuer des recherches sur Internet, c’est le concept de la fenêtre d’Overton(1) », lance Paulette. « Vos recherches valident-elles ce que j’ai dit ? » demande la formatrice. À la suite de la réponse affirmative, elle enchaîne : « Il faut toujours vérifier ce qu’on vous dit. Dans notre cas, cela contribue à établir un lien de confiance puisque l’information délivrée est bonne. Mais cela permet aussi de ne pas se faire piéger par ces stratégies qui influencent les prises de décision, en faisant en sorte que l’on croit sur parole ce qu’elles énoncent. »

Prévenir les addictions

Le dernier des trois modules du parcours Phare, organisé par l’Association santé éducation et prévention sur les territoires (Asept) Gironde à Pessac, a commencé. Les huit participants âgés de plus de 60 ans – six femmes et deux hommes – sont venus découvrir les effets de l’addiction sur la santé et les moyens de limiter les risques. Il fait suite à « De la recherche de sensations à l’addiction » et « Les effets de l’addiction et les moyens de l’éviter », les deux premiers ateliers de 2 h 30 qui se sont déroulés précédemment. L’ensemble constitue un nouveau volet du programme de prévention des conduites addictives chez les seniors, développé par la MSA avec le soutien du fonds de lutte contre les addictions.

Le lien entre la fenêtre d’Overton et le sujet qui nous intéresse n’est pas évident au premier abord. Mais précisons que nos huit têtes blanches doivent se remémorer ce qu’elles ont vu la séance précédente. Le processus de prise de décision en faisait partie. Les trois axes sur lesquels repose la santé – mental, social et physique – qu’ils ont incarnés le temps d’une scène afin de mettre en lumière l’impact des addictions sur chacun d’eux, aussi. Selon l’addictologue qui anime l’atelier, ce travail de répétition en début de séance permet au cerveau de mieux ancrer les connaissances.

Sucre, tabac, alcool

Trois personnes sont venues pour mieux comprendre l’addiction au sucre, un père pour accompagner sa fille alcoolique, deux dans une démarche de prévention pour leurs petits-enfants, une personne pour approfondir sa compréhension des addictions et une autre pour le tabac. Maryse ne fume plus depuis 27 mois. Pour répondre à l’autotest, elle a fait deux colonnes : « Quand je fumais » et « Maintenant ». « Et quels sont les résultats ? », l’interroge l’addictologue. « Avant, c’était moins bien. Maintenant, c’est parfait, je ne fume plus ! lâche-t-elle en éclatant de rire. Je suis contente d’avoir arrêté quelque chose à laquelle j’étais accro. »

Parfois, elle y repense. C’est souvent quand ça ne va pas. C’est à cause du circuit de la récompense, explique l’addictologue en retraçant le schéma sur le tableau : besoin ➞ action ➞ satisfaction. La nicotine l’a dopée et, même sevrée, le cerveau garde à vie la mémoire du comportement ou de l’émotion suscité par elle. Face à une émotion désagréable, il cherche ce qui va le réconforter et cible le repère le plus haut qu’il n’ait jamais connu : la cigarette. Maryse « ne retombe pas dans le panneau », comme elle dit.

Le processus des addictions

Les personnes en situation d’addiction, elles, répondent au besoin du cerveau. Les taux élevés de dopamine libérée par les substances deviennent alors son niveau de référence. Ainsi, ne manger que des produits transformés procure 20 fois plus de plaisir que la normale, fumer 200 fois plus et boire de l’alcool 1 000 fois plus. Sachant cela, il est plus facile de comprendre la démotivation, l’isolement voire la dépression de ces personnes ; leur niveau de référence est trop haut pour leur permettre d’apprécier une sortie entre amis par exemple.

Pour leur entourage ou les gens qui veulent leur venir en aide, se pose alors la question de savoir comment réagir. Si, de fabrication chimique, la motivation est aussi éphémère que le plaisir, elle n’en reste pas moins au centre d’un processus qui se déroule en quatre étapes. Il vise à accompagner la personne dans la prise de conscience de son addiction, son acceptation et sur le chemin de la guérison. Écoute et empathie en constituent la trame.

« Nous sommes des êtres émotionnels à 80 % », martèle la formatrice. Il s’agit donc d’arriver à faire basculer la balance émotionnelle grâce aux quatre piliers qui soutiennent notre maison : manger sainement, bouger, dormir correctement et avoir une vie sociale. « L’ennui, c’est de la souffrance pure pour la personne dépendante. Et comment réagit le cerveau face à la souffrance ? » Il cherche à compenser le mal-être avant tout ; c’est instinctif.

Vivre sans béquille

Arrivée à la quatrième et dernière étape du processus, la personne est dans la phase où elle met en œuvre un changement de conduite. Changement qui fait peur car il revient à supprimer ce qu’elle considérait comme une béquille. C’est un moment difficile. « Et qu’est-ce qu’on lui dit ? demande Monique. Ce sera bien…mais pas tout de suite ! ». La salle s’esclaffe. « Parfois, il vaut mieux le dire ; peut-être pas aussi brutalement mais il faut informer la personne de la réalité. Pendant un laps de temps, elle va connaître de la souffrance. Mais cette souffrance existe déjà, sous une autre forme et surtout, il y a la promesse d’aller mieux. »

Ce qui est sûr, c’est qu’on ne ressort pas de cet atelier dans le même état d’esprit qu’on y est entré. Et que, victime d’addiction ou non, nous sommes tous en quête de la même chose : le bien-être.

(1) Cette fenêtre symbolique, du nom de son concepteur, est une métaphore désignant un ensemble d’idées jugées plus ou moins acceptables par l’opinion publique d’une société donnée. Elle est utilisée notamment en neuromarketing afin de rendre acceptables des idées jusqu’alors considérées comme marginales, en faisant la promotion délibérée d’idées, opinions ou pratiques encore plus marginales voire extrêmes.