Tous en 2nde professionnelle dans des lycées agricoles ou Maison familiale rurale du Finistère et des Côtes d’Armor, plus d’une centaine d’élèves se massent autour des tables installées par les conseillers en prévention de la MSA d’Armorique. Ils y trouvent des pommes, du jus d’orange, du café, des cakes, des bananes (mais pas de scoubidous). La petite marche entre le parking où sont garés les bus, qui les ont amenés, et les chapiteaux, où ils sont accueillis, les a mis en appétit.
Concours de manipulation de bovins
Ils sont venus pour le concours bi-départemental « Manipulation et contention » de bovins organisé par la MSA. Sept établissements sont en lice : La Ville-Davy (Quessoy), Kernilien- Guingamp (Plouisy), EPLEFPA Caulnes (Caulnes), Le Nivot (Lopérec), Bréhoulou (Fouesnant) et l’Iréo (Lesneven). Pour ceux qui ont compté, il en manque un. C’est l’hôte du jour, le lycée Pommerit à La Roche-Jaudy, qui se situe à une vingtaine de kilomètres de Lannion.
Alors que certains se restaurent, d’autres arrivent encore, en groupe, accompagnés de leurs professeurs. Ils étaient une centaine, les voilà presque 200 désormais. L’estomac rempli, ils sont prêts à affronter la rigueur matinale de la rase campagne. Et tandis que le soleil réchauffe peu à peu l’atmosphère, nos adolescents ragaillardis commencent à s’émoustiller. Le grand air fait vite oublier les encadrants. Mais ces derniers, aussi efficaces que des chiens de berger, savent se rappeler à leurs bons souvenirs, en maintenant cohésion et calme au sein de leur troupeau.
La prévention, un travail de fond
Quelques minutes plus tard, les huit sélectionnés en amont par leurs enseignants pour représenter leur établissement lors du concours entrent en scène. Au programme, deux épreuves pratiques en stabulation (manipulation et contention) et une épreuve théorique. « Les huit candidats, vous pouvez aller vous mettre en tenue. Les autres, vous suivez vos professeurs. »

Grand, la voix qui porte, Sylvain Heder sait se faire écouter des jeunes. Ce conseiller en prévention et son collègue, David Guimar, fréquentent encore régulièrement les salles de classe des lycées agricoles. À travers des journées de sensibilisation, des mises en situation, ils y mènent un travail de fond en partenariat avec les équipes pédagogiques des établissements.
« Tous les élèves de Bac Pro Conduite et gestion de l’entreprise agricole ainsi que les Bac Pro Agroéquipement de Pommerit reçoivent une formation spécifique juste avant leurs départs en stage. Cela correspond aux gestes professionnels essentiels, précise Yann Ruvoën, enseignant en zootechnie au lycée Pommerit. Le concours vient finalement conclure cette période de formation et crée une belle émulation dans les classes. »
8 d’un côté, 200 de l’autre
Certes, mais il ne va en concerner que huit. Qu’advient-il des presque 200 autres ? Pour le bon déroulement du concours, ils ne vont évidemment pas encourager leur représentant lors des épreuves. Celles-ci se dérouleront à l’écart dans deux bâtiments du pôle laitier. Eux vont sillonner le village prévention.
Neuf stands les y attendent : utilisation d’un défibrillateur, prévention solaire, protéger son audition, la MSA c’est quoi ?, risque routier agricole, le danger autour du cardan, chasse aux risques, autour du « Telesco » avec simulateur de chariot télescopique. Le dernier, la conduite d’un karting à pédales en portant des lunettes qui reproduisent les effets de l’alcool ou de la drogue remporte les suffrages.

« C’est un vrai fléau, qui touche les jeunes de plus en plus tôt, déplore pourtant le préventeur. Et le message que l’on porte n’est pas toujours entendu. » Le fait que quelques-uns soient capables de faire le circuit sans difficulté et que certains camarades saluent l’exploit ne semble pas le contredire, malheureusement. Néanmoins, les résultats au quiz pour mieux identifier les risques et adopter les bons réflexes de sécurité que les élèves avaient à remplir à l’issue de la journée prouvent que le message passe chez bon nombre d’entre eux.
C’est ce que souligne l’une des conseillères en prévention : « Ils sont particulièrement attentifs et participent plus qu’on ne pourrait l’imaginer. Ils n’hésitent pas à poser des questions, à échanger entre eux ». Mais il est temps de retrouver Sylvain Heder. Il est aux côtés d’un conseiller contention d’Innoval, un groupe coopératif qui forme, conseille et accompagne les éleveurs. Face à lui, dans leur combinaison de travail, quatre des huit candidats. Ils n’en mènent pas large. Jurés, professeurs, un ou deux journalistes, une petite dizaine de personnes les regardent. Difficile de ne pas être intimidé.
Manipulation et contention des bovins
« Alors, tout d’abord, on se détend. Vous êtes ici pour apprendre et nous ne sommes pas là pour vous piéger », tente de les apaiser Sylvain Heder. Maël est le premier à passer. Le conseiller d’Innoval l’accompagne dans l’enclos. Il lui rappelle les consignes, lui prodigue quelques conseils. Pour cette épreuve, Maël doit choisir une des deux vaches, la mener dans un couloir de contention et lui attacher un licol afin de pouvoir lui administrer (de manière feinte) un traitement par voie buccale.

Il lui faut s’y reprendre à plusieurs fois avant de réussir à bloquer l’animal réticent dans le couloir. Après quelques minutes, quand il sort de l’enclos, il ne semble pas satisfait de sa prestation. « La bête n’était pas évidente mais tu t’es bien débrouillé », le rassure son professeur. Pendant ce temps, des membres du jury, composé de conseillers en prévention, d’administrateurs MSA et de techniciens de la coopérative Innoval, délibèrent. Le candidat a-t-il réussi à bloquer l’animal désigné ? L’opération s’est-elle effectuée dans le calme et dans le temps imparti ? A-t-il bien géré la fermeture de la porte ? Verdict dans l’après-midi.
C’est maintenant au tour de Ludovic, davantage habitué aux volailles qu’aux bovins. Pour sa « première fois en vrai avec une vache », il se débrouille plutôt bien. Mettre en pratique ce que les jeunes ont appris au cours de l’année et se confronter à des conditions proches du réel : « C’est le meilleur moyen pour eux de mesurer l’importance de la prévention pour leur sécurité », explique Sylvain Heder qui, cette fois-ci, supervise la deuxième épreuve, la contention en stabulation.

Un message pour l’avenir
Il en restera une, elle sera écrite. Ensuite, pour tous, ce sera le temps des réjouissances : déjeuner et remise des prix en amphithéâtre l’après-midi. Cette dernière se fera dans une belle ambiance, notamment à l’annonce du podium. C’est Chloé qui a gagné. Elle vient de l’école agricole et forestière Le Nivot. Ludovic du lycée Pommerit, lui, termine deuxième.
La théorie transmise par nos deux préventeurs a porté ses fruits. Tout comme cette journée, espérons-le, dont les objectifs étaient clairs : valoriser les bonnes pratiques de travail avec les bovins, promouvoir la sécurité pour limiter les risques d’accidents et mettre en lumière l’enseignement agricole, l’accompagnement de la MSA, ainsi que l’élevage des bovins.