Un feu de camp en pleine canicule, une tente plantée sur un alpage, un chien de protection qui intimide des randonneurs… Quand Félix Deceuninck enfile ses chaussures de randonnée pour sillonner les sentiers des Montagnes du Giffre, sa journée peut se dérouler de mille façons. Écogarde pour la communauté de communes, il passe la majorité de son temps sur les chemins de randonnées à la rencontre de ceux qui les fréquentent.
A la croisée des chemins
Randonneurs, éleveurs et bergers, élus, agents de l’Office national des forêts (ONF) ou encore offices de tourisme, Félix est en contact permanent avec tous ceux qui font vivre le territoire. Ici, pastoralisme, tourisme, chasse et forêt coexistent, et la cohabitation devient un enjeu majeur. « L’écogarde est une personne qui fluidifie les échanges et les relations, c’est un facilitateur pour les usagers. Son rôle est d’écouter, de comprendre et de mettre en lien. » Pour y parvenir, il sensibilise, fait de la prévention et remonte ses observations aux personnes concernées. « Toutes les infos transitent par moi. Je suis les yeux et les oreilles des différents services et usagers. » Un vrai chef d’orchestre de l’information.
Un écogarde doit expliquer les bonnes pratiques à adopter sans donner de leçons.
En 2023, Félix découvre le métier d’écogarde dans le parc régional du Vercors. Après des études d’ingénieur dans l’environnement et la gestion forestière, cette expérience confirme son envie de ne pas passer sa vie derrière un bureau. « Le poste répondait à plein de choses qui me parlent : le contact et les rapports humains, le terrain, la gestion de la cohabitation sur un territoire, le côté technique et social… » L’année suivante, il renouvelle l’expérience dans le Queyras, dans les Hautes-Alpes, avant de rejoindre les Montagnes du Giffre comme saisonnier à l’été 2025, puis en 2026, cette fois pour six mois.
Atteinte à la biodiversité, pratiques illégales, incivilités ou encore cohabitation avec les chiens de troupeau… sont autant de situations que Félix doit gérer. « Depuis le Covid, un nouveau public plus novice fréquente le massif du Haut-Giffre. Cette année, des personnes qui avaient plutôt l’habitude d’aller dans le sud ou à la plage sont venues chercher un peu de fraîcheur ici. » Et face à une affluence croissante, de nouvelles problématiques émergent. Trois mondes très différents – les naturalistes, les touristes et le monde pastoral – se côtoient avec des intérêts parfois divergents.
Partager la montagne
« Le plus gros sujet qui cristallise les tensions sont, bien sûr, les interactions avec les chiens de protection. On doit insister sur les règles de base et faire beaucoup de prévention. J’organise par exemple des randonnées pastorales à la rencontre des troupeaux et des chiens de protection afin d’expliquer aux gens les bons comportements à adopter. » Et quand un incident survient, comme une morsure, on entame une démarche de dialogue et de médiation avec les éleveurs et les élus. « Ce matin par exemple, j’ai participé à une réunion avec un éleveur dont le chien a mordu à plusieurs reprises dans la même zone d’alpage. Ce n’est pas évident non plus pour le monde pastoral qui doit composer avec cette fréquentation importante. »
Dans ces situations, le jeune homme joue son rôle de médiateur et reste neutre. D’ailleurs, il n’est pas assermenté. Si des activités illégales ont lieu, son premier réflexe sera d’abord de dialoguer puis de contacter les services adéquats si nécessaire. Son but : faire passer un message. « Quand on se retrouve face à des feux de bivouac en pleine canicule avec la France entière qui brûle, je me dis que c’est impensable, et en même temps, je dois comprendre pourquoi ça arrive. »
Une sensibilité et une patience qui font de Félix Deceuninck un atout précieux pour préserver l’équilibre fragile entre ces mondes.
Une zone d’intervention étendue
Félix Deceuninck assure une médiation environnementale dans la vallée des Montagnes du Giffre. Elle regroupe les communes de Châtillon-sur-Cluses, La Rivière Enverse, Mieussy, Morillon, Samoëns, Taninges Verchaix, excepté la réserve naturelle de Sixt-Fer-à-Cheval/Passy, zone sur laquelle des éco-volontaires et un éco-garde sont présents chaque été.