Bastien a 40 ans. Il arrive de Belgique. Sur le papier, son parcours ressemble à une réussite exemplaire. À 19 ans, il travaille tout en menant des études supérieures en relations publiques. Il devient propriétaire un an après. Cinq ans plus tard, il achète un deuxième bien.
À 30 ans, il obtient une licence en immobilier. « J’alignais tous les critères de la réussite. J’avais le beau chien, la belle voiture, la grande maison. Je possédais tout ce dont on rêve. Mais à l’intérieur, j’étais détruit. J’étais vide. »
Dossier Comment lutter contre les addictions ?
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Perte de contrôle
Dès cette époque, il consomme déjà de la cocaïne. « J’arrivais à garder la face. » Son histoire a commencé bien plus tôt. À 16 ans, il découvre la drogue en voyant son frère en consommer. Lorsqu’il essaie à son tour, quelque chose en lui se produit immédiatement. « J’avais l’impression de ressentir plus d’effets que les autres. » Très vite, le besoin devient irrépressible. « Après quelques minutes, parfois des secondes, j’en reprenais. J’en avais besoin plus que les autres et en plus grande quantité. » Peu à peu, il perd tout contrôle.
« J’ai fait des surdoses, j’ai frôlé l’arrêt cardiaque et j’ai failli mourir. » Il prend conscience qu’il a un problème. « Je suis atteint de la maladie de la dépendance. Je ne suis pas responsable de ma maladie mais je le suis de mon rétablissement. Je vais devoir faire attention toute ma vie. Comme un diabétique prend son insuline chaque jour, je dois rester vigilant sur mes comportements. »
Mais pour lui, la consommation n’est que la partie visible de l’iceberg. « Arrêter de consommer, c’est quatre semaines dans un hôpital. Beaucoup y arrivent. Le plus difficile, c’est d’aller voir ce qui se cache derrière. » Derrière ses consommations se trouvent des traumatismes anciens. Il faut pouvoir les affronter.

En guerre contre soi
« Il y a les abus sexuels subis dans l’enfance, la violence de mon père. Je peux les nommer aujourd’hui, mais ils ne sont pas digérés. Ce que j’ai vécu n’était pas normal. Je dois encore travailler dessus. » Pendant des années, il a porté des masques.
« J’ai fait semblant que tout allait bien. J’étais l’enfant parfait, le joli cœur, puis le gros dur. Dans mon village, je passais pour le caïd. J’étais respecté parce que j’étais plus fou que les autres. » Ces déguisements ont donné le change.
Depuis dix ans, Bastien fréquente les réunions des narcotiques anonymes. Il a connu de longues périodes d’abstinence. « J’ai accumulé des mois, presque un an sans consommer. J’allais chercher mes badges et j’étais fier. Mais je n’étais jamais heureux. Être abstinent tout en restant en guerre avec soi-même, ce n’est pas vivre. »

La quête de sérénité
À Berdine, il a choisi de s’occuper du nettoyage. « Ici je rends propres les toilettes, la salle à manger, la salle de réunion, quasiment tous les espaces communs et les espaces verts. Et je débroussaille en maraîchage ou devant les maisons. Et je fais d’autres choses encore parce que je le veux bien. »
Il cherche sa voie. « Je suis en quête de sérénité. C’est pour cela que je médite beaucoup, que je participe aux offices spirituels organisés à la chapelle. Je m’impose des moments de pause pour réfléchir. » Une piste de reconstruction se dessine pour la première fois. « Elle sera longue. Mais il n’y a que dans la longueur qu’on peut sentir de l’effet. »

Rester sur ses gardes
Son objectif est clair. « Je veux être clean de tout produit, alcool, drogue et médicaments. Peut-être même la cigarette à long terme. » Longtemps, il a eu le sentiment de cheminer dans un tunnel « dont la sortie est toujours noire ». Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Il entrevoit une petite lumière. « J’ai retrouvé de l’espoir. C’est pour ça que je participe activement aux activités communautaires. Je suis très volontaire. »
Il sait qu’il doit rester sur ses gardes. « Rien ne sera possible si un jour je retouche à quelque drogue que ce soit, à l’alcool ou aux comprimés. » Avec ces substances, on est perdant d’avance. « Je ne consomme pas la drogue. C’est elle qui me consomme. D’avance, je sais que j’ai perdu. Car la drogue n’a que trois finalités : la prison, l’hôpital psychiatrique, la mort. Il n’y a rien d’autre. J’ai testé les trois », confie-t-il, lucide.